Ce billet est le premier d'une série consacrée aux rapports entre sport et culture

Inrocks du 9 janvierLe 12 janvier Marseille a été intronisée capitale européenne de la culture pour l’année 2013. L’événement est d’importance (voir la programmation sur les sites de Télérama, France Culture, du Monde,) et est déjà présenté comme pouvant « sauver la ville » pour reprendre la une du numéro des Inrocks paru le 9 janvier (illustration ci-contre). Marseille, ambassadrice de la culture ? Elle est plutôt habituellement pensée comme la capitale du football via son club : l’OM.

Marseille, ville de foot

C’est qu’à Marseille, comme l’écrit Olivier Boura (2001, p. 120), le football « a quelque chose d’une religion, si derrière ce mot on veut bien voir la ferveur – et le rejet farouche de qui ne la partage pas ». À l’horizon français, la culture du football y est, en effet, surdéveloppée et contribue à structurer l’identité locale. L’enthousiasme des Marseillais fait figure d’exception et contraste avec un pays où la passion pour ce sport demeure plus mesurée. Son club, particulièrement médiatisé, se voit étroitement associé à la vie municipale (le registre lexical de la « fusion » est très souvent repris dans les journaux pour évoquer la relation qui unit Marseille et son club). L’engouement des Marseillais pour leur équipe de football peut en partie s’expliquer par l’histoire singulière de la ville, qui souffre, depuis longtemps, d’un syndrome d’exclusion. L’OM se pose alors comme une source de fierté locale, offrant la possibilité à « cette ville à l’économie cassée […] de se sentir première en quelque chose » (Bromberger et al., 1995, p. 108). De fait, si la loyauté envers sa collectivité d’appartenance, et envers le club de football local, est variable selon les situations et les lieux, « elle est, selon Christian Bromberger, forte, généralisée, quasi prescriptive dans des villes déprimées et brocardées (telles Marseille et Naples) ; on peut alors parler d’une expression défensive et réactionnelle de l’identité à travers le supportérisme » (p. 121). Le football a pu, pendant un temps (celui des succès de la fin des années 1980 et du début des années 1990), réconcilier les Marseillais avec le reste de la France. « Au fond, ils se disaient vaguement, les Marseillais, qu’on les aimerait de nouveau si, les premiers, ils donnaient à la France, une coupe d’Europe », note très justement Olivier Boura (p. 121). Mais le triomphe de l’éclatante victoire de 1993 a été bref, aussitôt gâché par la retentissante affaire de corruption VA-OM, par la suspicion puis la chute vers les abîmes du football français (voir le billet consacré à cette affaire publié sur ce blog). Demeure, dans cette histoire singulière, l’amertume d’un honneur une nouvelle fois blessé, d’une victoire injustement déniée, alimentant la thématique du complot anti-marseillais (fomenté par les « Parisiens », riches et puissants, que sont les arbitres, les instances dirigeantes du football français ou encore les journalistes), et son corollaire, le repli sur les particularismes locaux, dès lors magnifiés et retournés à l’avantage des Marseillais : « Marseille, ce n’est pas la France », clame-t-on couramment dans les travées du Stade vélodrome…

« Marseille ville du foot » correspond à une certaine réalité donc, mais l’image est bien évidemment réductrice, chose qui ne surprendra pas quand on connaît le statut de la ville en France (épisode 2). 

Références bibliographiques de ce premier épisode :

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