dimanche 17 avril 2011

Stades : ni défouloirs ni lieux de contrôle, par Nicolas Hourcade

Nicolas Hourcade, sociologue et coauteur du Livre vert du supportérisme remis en octobre 2010 au Sécrétariat d'Etat aux sports a rédigé une tribune pour L'Humanité, parue le 7 avril. Je la reproduis ci-dessous. Pour la lire directement sur le site de L'Humanité.fr, c'est ici

humanite2010_logoViolence dans les Stades : une autre politique de gestion des supporters est-elle possible ?

Ni défouloirs ni lieux de contrôle

Par Nicolas Hourcade, sociologue et coauteur du Livre vert du supportérisme.

La mort, la saison dernière, de deux supporters de football français a marqué un tournant dans la lutte contre le hooliganisme : renforcement des dispositifs policiers et législatifs, augmentation significative des sanctions et coordination accrue entre pouvoirs sportifs et publics. S'il est appréciable que les violences et les discriminations autour du football soient désormais traitées de manière plus ferme et constante, il convient de s'interroger sur les méthodes et les conséquences de cette politique qui met en avant la tolérance zéro, privilégie les mesures administratives par rapport aux judiciaires et néglige la prévention sociale. Certains supporters, comme le millier qui a manifesté dans Paris dimanche 13 mars, prétendent que cette politique ne se contente pas de s'attaquer aux hooligans mais s'en prend à tous les supporters contestataires et que leurs « libertés de citoyens sont bafouées », et qu'elles vont l'être encore plus avec l'adoption de la Loppsi 2.

Mesure phare, les interdictions de stade sont efficaces (même si certaines violences, jusque-là centrées sur le stade, se déplacent) mais problématiques. Celles prononcées par la justice, d'une durée maximale de cinq ans, sont bien encadrées. En revanche, les interdictions administratives peuvent être décidées par le préfet à l'encontre de supporters constituant une « menace pour l'ordre public ». Limitées à trois mois lors de leur création, en 2006, pour réduire le risque d'arbitraire, elles ont été portées à un an, voire deux, en cas de récidive. Or, les faits reprochés aux supporters sont de nature et de gravité fort diverses. Cependant, un amalgame est établi entre eux car ils sont tous rattachés à la catégorie sociale de hooliganisme. Dès lors, des supporters subissent une interdiction de stade (ce qui les oblige à pointer au commissariat à chaque match) pour état d'ébriété, usage de stupéfiants, allumage festif de fumigènes ou contestation de la politique de leur club.

La Loppsi 2 facilite également l'interdiction de déplacement des supporters et la restriction de leur liberté d'aller et venir. Bien que les parlementaires de l'opposition aient estimé que ce dispositif « va bien au-delà de ce que peut justifier la préservation de l'ordre public » et qu'il « porte en lui des risques trop importants pour les libertés individuelles », il a été validé par le Conseil constitutionnel. Du fait de la stigmatisation des hooligans et, au-delà, des supporters, la répression à leur égard paraît forcément légitime et suscite peu de débats politiques. Il n'est donc pas absurde de penser que leur sort n'a pas été considéré comme un enjeu suffisant pour justifier une censure du projet gouvernemental.

En outre, la politique actuelle a des conséquences sur l'ambiance des stades. En cherchant à écarter les hooligans, le Paris Saint-Germain s'est aussi coupé d'une part importante de son public. Plus largement, les supporters ont un rôle ambigu dans le monde du football : ils sont considérés comme l'indispensable douzième homme, mais certains dirigeants veulent encadrer étroitement leur expression et les instances sportives nationales sont réticentes à les reconnaître comme des acteurs. Si les stades ne doivent pas être des défouloirs où tout excès est toléré, ils ne doivent pas non plus être des lieux de contrôle autoritaire des publics.

Cette conciliation délicate entre sécurité, libertés et ambiance festive prouve la nécessité d'ouvrir le débat sur ces sujets et de les traiter de manière globale. Une autre politique de gestion des supporters est possible, alliant répression proportionnelle à la gravité des faits, dialogue avec les associations de supporters responsables et prévention sociale. Associant tous les acteurs concernés, elle ferait de la place du spectacle sportif dans la société un véritable enjeu politique.

Nicolas Hourcade

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samedi 12 mars 2011

Violence, football & politique

AFICHE___CONFERENCE_VIOLENCIA_EN_EL_DEPORTEJeudi 17 mars, à 19h, la Maison d'Argentine (Cité universitaire, Boulevard Jourdan, 14ème arrondissement) accueillera une conférence autour du thème : "Violence, football et politique. Dans les coulisses des tribunes violentes. Entre Buenos Aires, Paris et Belgrade".

4 intervenants sont programmés :

- Antoine Lech, Université Paris Descartes (Paris V)

- Loïc Tregoures, Université Libre de Bruxelles/Université Lille II

- Santiago Uliana, Université de Buenos Aires/Université Tres de Febrero (UNTREF)

- Fernando Segura Trejo, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)

19h, entrée libre.

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lundi 3 janvier 2011

La Loppsi 2 et le football

2400200389_3d5779c9fc1Mardi 21 décembre, l'Assemblée nationale a adopté la toute nouvelle loi sur la sécurité intérieure, la Loppsi 2, après plusieurs mois de préparation par le gouvernement et l'UMP. Un "vaste fourre-tout législatif", pour reprendre une expression du Monde, dans lequel on trouve pêle-mêle la cybercriminalité, les fichiers policiers, la vidéosurveillance (rebaptisée vidéoprotection...), les expulsions locatives, le permis à point... et les supporters de football. Les événements sportifs font, en effet, l'objet de quelques dispositions et c'est bien évidemment le football qui est principalement concerné par ces aspects de sécurité. Comme l'a justement relevé Libération dans son édition du 14 décembre, cette nouvelle loi sécuritaire apparaît largement dictée par les faits divers et la corde émotionnelle. Or, la saison 2009-2010 de football a connu en France plusieurs incidents fortement médiatisés, notamment la mort d'un supporter de la tribune Boulogne à la suite d'affrontements ayant eu lieu en marge du match PSG-OM du 28 février.

Ainsi, l'une des mesures les plus emblématiques de la loi Loppsi 2, pour ce qui concerne le football, tient au fait que le ministre de l'Intérieur pourra dorénavant interdire un déplacement collectif ou individuel de supporters en cas de graves troubles à l'ordre public, et le préfet restreindre leur liberté d'aller et venir. Cette disposition apparaît totalement contraire au principe de libre circulation des personnes et donc attentatoire aux libertés individuelles, le tout dans le flou ("graves troubles à l'ordre public" : c'est-à-dire ?) et laissant la porte ouverte à tous les abus au nom du "principe de précaution". Une telle mesure vient par ailleurs sanctionner l'ensemble des supporters d'un club, mais ne cible en rien les éléments les plus durs. Rappelons que des mesures d'interdiction de déplacement existent déjà chez nos voisins Italiens. Leur efficacité est très loin d'être évidente et alimente la "dynamique d'interactions négatives" entre supporters radicaux et policiers, les premiers cherchant à contourner les dispositifs déployés par les seconds. En outre, l'allongement de la durée des interdictions administratives de stade est prévu : elles seront portées à un an, voire deux en cas de récidive. Elles étaient de 3 mois en 2006, puis 6 mois en mars 2010... Rappelons là encore qu'à la différence d'une interdiction judiciaire de stade, d'une durée maximale de 5 ans, qui fait suite à une condamnation prononcée par un tribunal après l'accomplissement  effectif d'un acte délictueux, l'interdiction administrative de stade est prononcée par le préfet (et non un juge) sur la base de potentialités et d'appréciations arbitraires (un rapport de police suffit, sans qu'une infraction n'ait été réellement commise : un comportement considéré comme menaçant par exemple)...

On ne peut que regretter que la nécessaire lutte contre le hooliganisme passe, une fois encore,  par des mesures spectaculaires prises au nom de la "tolérance zéro" et se fasse ainsi au détriment de la mise sur pied d'une politique équilibrée, cohérente, juste et de long terme, dans laquelle les supporters auraient toute leur place et ne seraient pas systématiquement perçus comme une menace pour l'ordre public.

Pour plus d'informations, voici quelques liens :

- un site très bien fait et complet intitulé Loppsi & Loppsi 2

- deux articles parus dans Libé le 14 décembre : "Quand les faits divers dictent leur loi" et le 21 décembre : "loppsi 2, une loi extrêmement dangereuse".

- La prise de position du PCF par l'entremise de Nicolas Bonnet, responsable de la commission sport (deux fichiers ci-contre, la lettre aux députés et un communiqué de presse) : lettre_aux_d_put_s_sur_la_lopssi nous_ne_sommes_pas_toutes_et_tous_des_hooligans

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samedi 6 novembre 2010

Le PSG, l'OM, la LFP et la judiciarisation du supportérisme, suite...

Samedi 6 novembre, nous sommes à la veille de la rencontre entre le PSG et l'OM... et la bataille judiciaire s'est poursuivie entre les associations de supporters de l'Olympique de Marseille et la Ligue de Football Professionnel concernant l'interdiction de déplacement qui est faite aux premiers (voir les articles qui relatent cette décision et ses conséquences, déjà écrits sur ce site, ici et ). Je propose un petit rappel des derniers événements ci-dessous via deux articles parus dans Le Monde cette semaine (aujourd'hui et le 3 novembre).

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PSG-OM : la requête des supporteurs marseillais rejetée par la justice

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Le tribunal administratif de Marseille a rejeté samedi la requête des supporteurs de l'OM exigeant l'annulation de la décision de la LFP de leur interdire l'accès du Parc des Princes dimanche pour la rencontre PSG-OM.

Le juge des référés, Xavier Haïli, estime notamment que cette mesure d'interdiction ne constitue pas une atteinte "à la liberté fondamentale", comme l'avait plaidé lors de l'audience vendredi l'avocat des groupes de supporteurs, Me Olivier Grimaldi. Les supporteurs marseillais ont également annoncé samedi qu'ils se désistaient de leur dernier référé qui devait être examiné dimanche matin contre la décision de la LFP de fermer la tribune visiteurs du Parc des Princes dimanche, à l'occasion de PSG-OM, renonçant implicitement à un déplacement à Paris. "Cela ne sert à rien. Le sentiment dominant, c'est le dégoût. Les pressions du ministère de l'Intérieur ont dû être énormes", a déclaré Michel Tonini, vice-président du club des Yankees.

Le président de la Ligue de football professionnel (LFP) Frédéric Thiriez a déclaré samedi dans un communiqué "comprendre la frustration des supporteurs marseillais qui sont un des meilleurs publics de France" mais leur a demandé "de comprendre que cette mesure contraignante a pour seul but d'assurer leur sécurité". "Dès lors que l'ensemble des conditions permettant d'assurer la sécurité ne sont pas réunies, et a fortiori, lorsque les pouvoirs publics m'informent qu'ils rencontrent des problèmes de disponibilité des forces de l'ordre, mon devoir est d'éviter tout risque d'affrontement", a également affirmé Thiriez.

Le ministère de l'Intérieur a de son côté "pris acte" dans un communiqué du rejet de la requête des supporters de l'OM et indiqué que "tout changement des règles à la veille de la rencontre n'aurait en tout état de cause pas permis d'organiser le déplacement de supporters visiteurs dans des conditions garantissant la sécurité des intéressés et des autres acteurs de cette rencontre". "Les modalités juridiques d'organisation de cette rencontre étant maintenant clarifiées, celle-ci va pouvoir être organisée dans les meilleures conditions de sécurité", a ajouté le ministère de l'Intérieur.


Le Conseil d'Etat saisi pour confirmer la suspension des tribunes visiteurs pour PSG-OM

La Ligue de football professionnel (LFP) a indiqué mercredi avoir saisi dès vendredi dernier le Conseil d'Etat, contre l'ordonnance du 28 octobre du tribunal administratif (TA) de Marseille qui suspendait la fermeture de la tribune visiteurs pour PSG-OM dimanche.

La LFP juge cette ordonnance "contestable", estimant que le TA de Marseille avait fait une "mauvaise interprétation" des règlements de la Ligue. Pour la Ligue, ses règlements "donnent bien compétence" pour décider du nombre de visiteurs admis pour un match – y compris si ce chiffre est zéro – et la LFP estime que la "motivation sur la sécurité", pour justifier la fermeture d'une tribune visiteurs, est tout à fait "plausible".

De source proche du dossier, il apparaît peu probable que cette saisine soit examinée par le Conseil d'Etat avant dimanche, date de la rencontre PSG-OM. De fait, la saisine de la LFP contrecarre la nouvelle requête de neuf groupes de supporteurs de l'OM, qui s'étaient tournés de nouveau ce mardi vers le tribunal administratif de Marseille, afin d'obtenir exécution du jugement rendu le 28 octobre suspendant la décision de la LFP.

"AMBIANCE DÉLÉTÈRE"

Olivier Grimaldi, avocat de l'ensemble des groupes de supporteurs marseillais, a confirmé à l'AFP avoir été informé ce mercredi par le Conseil d'Etat de la requête de la LFP. Le Conseil d'Etat a fait savoir, selon Me Grimaldi, qu'"il ne se prononcerait pas avant dimanche".

"En saisissant le Conseil d'Etat, la LFP rend l'ambiance plus délétère", a commenté Me Grimaldi. "La LFP veut véritablement faire de ce dossier un dossier LFP contre supporteurs marseillais". "Les supporteurs marseillais veulent donc aussi durcir le ton et se battre jusqu'au bout, a ajouté Me Grimaldi. Nous allons saisir le magistrat du TA de Marseille et déposer un référé liberté, pour atteinte manifeste à la libre circulation des supporteurs." "Ce référé visera la décision de la LFP prise mardi, a-t-il encore précisé. Notre requête en exécution dont la LFP a interjeté appel visait sa décision initiale du 7 octobre."

La LFP avait confirmé mardi la fermeture des tribunes visiteurs pour les match PSG-OM dimanche et OM-PSG mi-mars, mesure prise initialement le 7 octobre.

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mardi 2 novembre 2010

PSG-OM : interdiction de déplacement des supporters (la suite)

Voici donc la réponse de la LFP, ce mardi 2 novembre, concernant les matchs opposant le PSG à l'OM et la présence des supporters visiteurs (une affaire déjà évoquée ici sur ce blog).


logo_lemondeLigue 1 : les tribunes visiteurs fermées pour PSG-OM et OM-PSG

645472_3_aa4d_les_tribunes_visiteurs_du_parc_des_princesAFP/JACQUES DEMARTHON

La Commission des compétitions de la LFP a confirmé ce mardi la fermeture de la tribune visiteur aux supporters marseillais pour la rencontre PSG-OM (dimanche 7 novembre) et de la tribune visiteur aux supporters parisiens pour la rencontre OM-PSG (mi-mars).

Concernant le PSG-OM de dimanche, la Commission précise avoir pris "connaissance" du "courrier du directeur de cabinet du ministère de l'Intérieur, M. Michel BART, reçu le 2 novembre". Ce courrier indique "notamment qu'en raison des contraintes et des problèmes de sécurité liés aux rencontres opposant les deux clubs précités, l'interdiction de déplacement des supporters marseillais apparaît plus que jamais indispensable et que toute autre décision ne permettrait pas, dans le contexte actuel et avec les moyens disponibles les 6 et 7 novembre, de garantir la sécurité d'une telle rencontre".

Concernant OM-PSG comptant pour la 28e journée, mi-mars, "considérant les graves incidents intervenus au cours des dernières saisons, considérant qu'il convient de prévenir les risques de trouble à l'ordre public susceptibles d'intervenir à l'occasion de cette rencontre", la Commission décide "la fermeture de l'espace visiteur du Stade Vélodrome aux supporters parisiens pour la rencontre".

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dimanche 31 octobre 2010

Quelques réflexions autour de l'interdiction de déplacement des supporters pour les matchs entre l'OM et le PSG

crsdiaporamaNous sommes aujourd'hui à une semaine de la rencontre (abusivement nommée "classico" par les journalistes) opposant le Paris-Saint-Germain et l'Olympique de Marseille. Et l'on ne sait toujours pas si les supporters marseillais pourront assister à la rencontre depuis la tribune "visiteurs" du Parc-des-Princes.

Petit rappel des faits.
- le 7 octobre, la Commission des Compétitions (COC) de la LFP interdit de déplacement les supporters pour les rencontres PSG-OM, le 7 novembre et OM-PSG, à la mi-mars. Motif invoqué : "raisons de sécurité". Le Ministère de l'Intérieur donne sa bénédiction. La décision provoque un "tollé" à Marseille : une nouvelle affaire éclate mettant aux prises l'éternelle triade LFP-OM-PSG...
- le 26 octobre, la Commission d'appel de la LFP, saisie par les dirigeants marseillais, infirme la décision de la COC.
- le 28 octobre, le Tribunal administratif de Marseille, saisi en référé par les neuf associations de supporters de l'OM, suspend la décision originelle de la LFP. Représentés par leur avocat Maître Grimaldi, les supporters marseillais clament victoire et la reconnaissance de leur droit. La LFP doit verser, de plus, 3 000 € (en guise de préjudice) aux neuf associations marseillaises.
- le 29 octobre, une réunion "de toutes les parties" (dixit les journalistes, mais cette expression omet de dire que les supporters - notamment marseillais - ne sont pas conviés à ladite réunion) est organisée au siège de la LPF. Aucune décision n'est prise. L'incertitude demeure : l'OM aura-t-il ses 2 000 places ? 1 500 ? Aucune ?

Cette "affaire" inspire trois réactions.

1. Une certaine incompréhension face au jeu de la LFP, d'abord. Que se cache-t-il derrière ces fameuses "raisons de sécurité" invoqués par la COC et le Ministère de l'Intérieur ?
Depuis le début des années 1990, une nouvelle politique d'accueil dans les stades a été instaurée (la France suivant des recommandations venant notamment du Conseil de l'Europe). Cette politique s'est traduite par : - une réduction du nombre de billets disponibles pour les supporters en déplacement ; - la mise en place de systèmes informatisés de contrôle et de suivi des achats de billets ; - la supervision des billets alloués aux associations de supporters ; - la sectorisation des tribunes (instituant un parcage "visiteurs" séparé du reste de l'enceinte). Les règlements de la LFP prévoient que 5 % de la capacité totale du stade doivent être attribués à l'équipe visiteuse pour servir les supporters. en déplacement. Ces 5 % trouvent une exception pour trois stades français dont la capacité excède 40 000 places : dans les cas du RC Lens, du PSG et de l'OM, le quota de places est fixé à 2 000 billets.
La distribution de la billetterie suit ensuite deux cas de figure : soit le club recevant vend les billets au club visiteur qui se charge ensuite de les redistribuer aux différents groupes de supporters ; soit le club recevant ouvre ses guichets et autorise l'achat de places le jour de la rencontre (ou dans la semaine précédente). C'est la première option qui est de loin la plus utilisée, pour des raisons de sécurité. Pourquoi ? Parce que l'on favorise ainsi les groupes organisés et reconnus par les clubs au détriment des supporters isolés et éventuellement non désirés ; parce que l'on peut ainsi avoir une connaissance des supporters en déplacement, voire obtenir un listing des membres des groupes amenés à voyager.
Ce système est aujourd'hui éprouvé. Et l'OM comme ses associations de supporters ont aujourd'hui une grande expérience de l'organisation de déplacements massifs de partisans. Les associations marseillaises sont très organisées et ont un véritable savoir-faire en la matière. En outre, il n'y a pas eu de problèmes ces dernières années qui justifieraient aujourd'hui une interdiction de déplacements : le lynchage de Yann Lorence a certes eu lieu lors du dernier PSG-OM, mais il n'a aucun lien avec le déplacement des supporters visiteurs. Peut-être est-ce alors les très violents affrontements en marge du dernier OM-PSG qui ont motivé la décision de la LFP ? Dans ce cas, devra-t-on rappeler que les instances sportives avaient une lourde part de responsabilité dans les "émeutes" ayant eu lieu dans la ville marseillaise ?

2. On en vient ainsi à la deuxième remarque : on a ici un bel exemple du rôle joué par les instances dirigeantes dans la construction de tensions autour d'une rencontre (qui, de surcroît, n'en avait pas besoin). Pourquoi donc attiser les passions avec une décision qui ne semble pas justifiée aux yeux des supporters ? Pourquoi donc générer de la sorte des sentiments d'injustice et d'arbitraire ? En outre, les limites et effets pervers de ces interdictions de déplacement des supporters sont fort bien connus. En Italie par exemple, l'Observatoire national sur les manifestations sportives (lien ici), rattaché au Ministère de l'Intérieur, a pris régulièrement de telles mesures depuis deux ou trois ans (dans un contexte de violences et tensions qui n'a absolument rien à voir avec la situation française). Avec un résultat habituel : la hausse des problèmes d'ordre public et la multiplication des incidents sur les trajets, notamment sur les aires d'autoroute puisque certains supporters, les plus mal intentionnés notamment, en profitent pour faire de petits convois. Il devient dès lors très difficile de suivre ces supporters très mobiles et de les "accueillir" dans la ville avant la rencontre... La décision de la LFP néglige, par ailleurs, une particularité forte du supportérisme autour de l'OM : l'importante dispersion géographique des partisans marseillais (je les appelle les "supporters à distance"). De nombreux supporters marseillais présents dans les stades lors des matchs joués à l'extérieur viennent en effet d'horizons géographiques très variés et beaucoup sont membres de "sections" rattachées aux associations locales (les neuf groupes situés à Marseille). Or ce sont ces associations locales qui jouent un rôle important de régulation des déplacements des sections et des supporters à distance.

3. Enfin, déjà abordée dans ce billet en avril 2010, la question du droit se voit une nouvelle fois posée dans l'univers du football et des tribunes, si bien que l'on peut voir dans cette affaire une nouvelle illustration de ce que j'appellerais la "judiciarisation du supportérisme". L'avocat des neuf groupes de supporters marseillais n'a-t-il pas estimé que "la LFP ne prend pas de décision en droit" ? Le Tribunal administratif de Marseille a par ailleurs émis un "doute sérieux sur la légalité de la décision". Le recours en référé des supporters marseillais fait écho à d'autres actions judiciaires, entreprises notamment par les supporters du PSG il y a quelques mois : Supras et Authentiks, deux associations dissoutes par décret le 29 avril 2010, ont ainsi saisi le Conseil d'Etat pour contester ces décisions. Le rapporteur public avait même estimé que les accusations et les griefs ne tenaient pas et avait recommandé de censurer les décrets... avis que le Conseil d'Etat n'a pas suivi. Pour autant, cette histoire ne devrait pas en rester là puisque c'est maintenant la Cour européenne des droits de l'homme qui sera peut-être amenée à statuer... Quid, par ailleurs, de la légalité des interdictions de stade administratives qui sont fondées sur la potentialité (et non sur l'accomplissement effectif d'actes délictueux)... Je ne donne pas cher de ce dispositif si une action judiciaire était engagée... Bref, la question du droit est aujourd'hui posée : et c'est fort intéressant à suivre et à étudier.

Au-delà de ces trois constats, l'affaire met en évidence combien la concertation et le dialogue sont des éléments importants, ici négligés, mais mis en avant dans le "livre vert du supportérisme"...

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samedi 30 octobre 2010

Livre vert du supportérisme # 2

LivreVertSupporters_17x24_Int_webLe "livre vert du supportérisme" a donc été remis officiellement lundi à Rama Yade au cours d'une brève cérémonie au Secrétariat d'Etat aux Sports. Il est possible de télécharger le document depuis le site du secrétariat (www.sports.gouv.fr/). Pour lire le discours de la secrétaire d'Etat, c'est aussi possible depuis la partie "discours" à droite de la page.

Plusieurs articles de presse ont aussi rendu compte de ce travail.
- sur le site Localtis (par Jean-Damien Lesay) : ici
- sur le site du Monde.fr (une interview de Nicolas Hourcade par Anthony Hernandez) : ici
- sur le site de So Foot (par Nicolas Kssis-Martov) : ici

Bien entendu, le livre vert ne contentera pas toutes les parties, aussi bien dans certains milieux supportéristes qu'au sein des autorités sportives ou au sein des cabinets ministériels. L'article de Nicolas Kssis-Martov pointe d'ailleurs avec justesse des questions très importantes qui ne sont pas abordées au sein du livre vert. Mais il faut surtout le considérer comme une base de travail et j'invite à le lire attentivement avant de le condamner a priori : nous avançons des choses loin d'être anodines. On peut également s'interroger sur son usage (un "beau rapport"  de plus remisé dans les tiroirs ?). Je comprends ce genre d'arguments. Mais il appartient désormais aux instances sportives et publiques de s'en saisir pour fonder une politique cohérente en matière de gestion des tribunes. Enfin, j'ai déjà pu entendre certaines remarques de "confrères", dont la promptitude de réaction est pour le moins surprenante, voire déplorable car celle-ci ne porte évidemment pas sur le fond.

On a beaucoup reproché, depuis de nombreuses années, aux intellectuels d'avoir délaissé l'espace public. Il aurait été plus confortable, surtout dans ce contexte politique, de prendre la posture de l'intellectuel critique pour mieux refuser toute "compromission". Mais un tel processus (engagé depuis l'autonome 2009 et marqué par l'organisation du 1er congrès national des associations de supporters en janvier 2010) était une opportunité rare pour se saisir d'un problème public, faire porter la voix des chercheurs et, dans le même mouvement, dire la vérité sur le monde des tribunes et empêcher d'autres acteurs de parler à notre place. Bref, pour qui croit un minimum en l'action publique et dans la politique, la rédaction du livre vert du supportérisme était une belle occasion pour faire sortir les sciences sociales des laboratoires (notre tour d'ivoire ?) et (re)conquérir une place dans l'espace public. Je l'ai fait d'autant plus volontiers que j'apprécie scientifiquement et humainement le pilote du processus : Nicolas Hourcade.

Que les autres chercheurs si prompts à parler aient le courage de s'exposer et de prendre clairement position : leur voix compte autant que la nôtre et toute initiative pour améliorer la situation et faire changer les choses est évidemment la bienvenue.

PS : ci-dessous, la vidéo de la remise du livre vert (discours de Nicolas Hourcade puis de Rama Yade)

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vendredi 22 octobre 2010

Livre vert du supportérisme # 1

Logo_Sports_gouvLundi 25 octobre, à 11h, aura lieu la remise officielle du "livre vert du supportérisme" au Secrétariat d'Etat aux Sports.  Il est le résultat d'un processus engagé il y a plusieurs mois dont l'une des étapes marquantes fut l'organisation du 1er Congrès national des associations de supporters au Stade de France en janvier 2010. Nicolas Hourcade en fut le Commissaire général et l'événement fut globalement positif : j'avais publié ici un bref compte-rendu.
La publication du livre vert avait alors été évoquée et annoncée pour le printemps 2010. Le calendrier initial a néanmoins été perturbé par les incidents violents autour des rencontres du championnat de France. La méthodologie a aussi changé. Un groupe de travail restreint à neuf membres  (dont trois sociologues, Nicolas Hourcade, Patrick Mignon et moi-même, mais aussi des représentants du Ministère des Sports, de la FFF, etc.) a été mis sur pied, animé par Laurent de Lamare, responsable de la cellule de prévention des violences et des discriminations de la Direction des Sports. Les débats ayant eu lieu lors du Congrès ont dès lors constitué une première base de travail. Après plusieurs mois d'échanges, le livre vert tente de synthétiser les diverses analyses développées au sein du groupe de travail et se présente donc comme le fruit de la conciliation entre les positions des membres du groupe, lesquels se sont efforcés de trouver des formulations consensuelles. Pour le dire vite, l'objectif du livre vert est de compléter la politique actuelle de lutte contre le hooliganisme en y association un volet préventif de dialogue avec les supporters.  Il se compose de trois parties : un état des lieux du supportérisme en France, un bilan de diverses expériences étrangères menées en matière de lutte contre le hooliganisme, des préconisations.

Après la remise officielle, Rama Yade tiendra une conférence de presse.
Pour rappel, voici une vidéo relative au Congrès national des associations de supporters :


1er congrès National des Associations de supporters
envoyé par secretariatdetatauxsports. - L'actualité du moment en vidéo.

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mardi 12 octobre 2010

La régulation sociale des désordres

Affiche_colloque_octobre__AFS_RT3_RT21_L'Association française de sociologie, via deux de ses réseaux thématiques (RT), le RT 3 "Normes, déviances et réactions sociales" et le RT 21 "Mouvements sociaux", organise un colloque intitulé "Regards croisés sur la régulation sociale des désordres" les 26 et 27 octobre prochains. L'évenement se tient à l'Institut du développement social, situé sur les hauteurs de Rouen, à Canteleu.

Animée par Nicolas Hourcade, une session thématique sera consacrée à la régulation des violences dans le sport. Voici le programme de cet atelier :

- "Le football comme ballon d'essai du maintien de l'ordre public en France", par Thomas Busset, CIES, Université de Neuchâtel, Suisse
- "La gestion du supportérisme violent en Suisse. D'une police des stades à une police des villes", par Christophe Jaccoud & Dominique Malatesta, CIES, Université de Neuchâtel, Suisse
- "Violences et racisme dans les stades de football : lacunes et ratés de la politique italienne de contrôle du supportérisme violent", par Ludovic Lestrelin, laboratoire IOA, Université de Caen Basse-Normandie
- "Faire face aux désordres du football amateur. Le rôle des instances de l'arbitrage dans la régulation des violences", par Loïc Sallé & Oumaya Hidri-Neys, Sherpas, Université de Lille II
- "Les arbitres officiels de football : réguler par le réglement mais pas seulement", par Williams Nuytens, & Nicolas Penin, Sherpas, Université d'Artois

rouenBien d'autres sujets seront abordés et le programme est fort intéressant. Des conférences et tables rondes sont notamment prévues avec les chercheurs suivants : Alain Vulbeau, Philippe Robert, Didier Lapeyronnie, etc. Une soirée sera consacrée à la diffusion du film documentaire "La Vida Loca" de Christian Poveda, assassiné le 2 septembre par les membres d'un gang qu'il avait filmés durant de longues semaines au Salvador.
Plus d'informations dans le fichier ici : Programme_colloque_octobre__AFS_RT3_RT21_

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vendredi 11 juin 2010

Envoyé Spécial, La suite : reportage sur le hooliganisme

logo_france2Demain 12 juin 2010, l'émission Envoyé Spécial, La suite diffusée sur France 2 à 13h55 sera consacrée au hooliganisme. Je livre ici la présentation qui en est faite sur le site Internet de France 2.
"Il y a 10 ans, Envoyé spécial consacrait une enquête au hooliganisme. Envoyé spécial, La suite revient sur la violence dans les stades après la mort le 28 février dernier d'un supporter du PSG battu à mort par des hooligans du même club. Nous sommes retournés dans les stades avec les policiers des renseignements généraux rencontrés dix ans plus tôt. S'ils constatent une baisse de la violence à l'intérieur des enceintes sportives, ils confirment que celle-ci s'est "professionnalisée" : il y a 10 ans, Envoyé spécial levait le voile sur un phénomène naissant, notamment aux Pays-Bas : les combats de rue entre supporters. Aujourd'hui, les hooligans français organisent des "fights", des combats pour lesquels les supporters se donnent rendez-vous à l'avance".

Espérons que le reportage saura prévilégier l'analyse au sensationnalisme.
Un avant goût, en cliquant ici.

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