De retour en Normandie après un séjour à Marseille, voici quelques retombées presse autour de la promotion de l'ouvrage paru aux éditions de l'EHESS : des articles dans Marseille L'Hebdo, La Provence, La Marseillaise, Marseille Plus, 20 Minutes et Métro.
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Vendredi matin, j'étais dans les locaux du journal La Provence pour répondre aux question des Internautes, toujours autour du livre et du sujet du "supportérisme à distance". Vous retrouvez, ci-dessous, l'intégralité du tchat.

couverture_ouvrage_lestrelin_EHESS"L'autre public des matchs de football", par Ludovic Lestrelin, éditions Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS).

 

 

Présenté comme un fief aux particularismes locaux, l'OM est aussi un club qui draine de nombreux supporters hors de Marseille et de sa région. Qui sont-ils ? Comment sont-ils devenus partisans ? Sont-ils bien acceptés par les fans Marseillais ?

Les ayant suivis dans leurs déplacements, aux matches, sur la route ou encore dans leur ville, le sociologue Ludovic Lestrelin a réalisé une enquête minutieuse et un ouvrage "L'autre public des matches de football" (éditions EHESS). Il sera en tchat avec les Provençaunautes, ce vendredi 7 janvier, entre 11h et 12h.

La Provence :Bonjour et bienvenue sur ce tchat. A vos questions ! Bonjour à toutes et à tous. Ravi d'être en votre compagnie.

DenisForlau : Dans les autres pays retrouve t-on ce phénomène : un club populaire à travers le pays entier ?         

Ludovic Lestrelin : Le phénomène est effectivement visible dans de nombreux pays européens, en particulier dans les grands championnats espagnol, italien, anglais et allemand. De grandes équipes peuvent compter plusieurs milliers de groupes de supporters à distance. Quelques exemples : le FC Barcelone compte plus de 1400 peñas barcelonistas en Espagne et dans le monde. Le Bayern de Munich compte quant à lui plus de 2600 groupes en Allemagne et principalement en Europe. Pour de grands clubs de pays marqués par de nombreux mouvements migratoires - par exemple Benfica Lisbonne, Glasgow Rangers - il y a de nombreux expatriés qui continuent de les soutenir activement.  

DenisForlau : Dans quelle région il y a beaucoup, beaucoup de passionnés de l'OM ?

Ludovic Lestrelin : Tout le territoire national est concerné, mais il est vrai que l'on constate un engouement important pour l'OM dans le nord de la France, dans l'est mais aussi en région parisienne, du côté de Grenoble, la Savoie... Il existe une centaine d'associations structurées en France. La Suisse, la Belgique et le Luxembourg sont aussi des pays où l'on peut rencontrer des fans du club marseillais. 

DenisForlau : Combien y a t-il de sections de supporters de l'OM à travers la France ? 

Ludovic Lestrelin : Il en existe une centaine.  

Shakitney : Monsieur Lestrelin, comment expliquez-vous que d'un point de vue social et économique on arrive encore à nous faire rêver avec des clubs champions de France incapables de recruter mieux que ce que l'on fait ces dernières années? Pensez-vous que ça reflète une certaine "stabilité de l'économie à la Française"? Ou bien au contraire qu'en fait en France on nous balance des bobards en prétextant qu'ailleurs c'est moins bien parce que c'est pas sûr, même si les autres sont riches, bons, compétitifs, et fiers de leurs racines.c Est-ce que les championnats nationaux ne reflètent pas au final, le "petit peuple" devant lequel ils jouent ?

Ludovic Lestrelin : Je ne sais pas si aujourd'hui les clubs français font "rêver" leurs supporters, toujours est-il que, dans le cas de l'OM, l'engouement pour ce club s'est largement autonomisé de ses résultats sportifs. Et finalement, les gens viennent au stade parce qu'ils sont insérés dans des structures associatives et qu'ils cherchent à faire perdurer cet engagement et les relations amicales et sociales qui y sont associées.  

djezer : Est ce que le supportérisme dés la prime enfance a obligatoirement une base régionale et parentale ?

Ludovic Lestrelin : Plus aujourd'hui, via la télévision notamment. Il est possible de s'identifier à un club en dehors de toute base régionale. Dans la majeure partie des cas, les supporters à distance se prennent de passion pour un club pour des raisons sportives (style de jeu offensif, vedettes spectaculaires...). Ensuite, il y a également la possibilité pour un jeune de se construire en opposition avec les choix du père et donc de prendre le contre-pied dans une logique d'affirmation identitaire. Les clubs qui génèrent le plus d'identification sportive extra-territoriale sont ceux qui ont une histoire sportive riche, qui pratiquent un beau football mais également qui ont une personnalité affirmée, et surtout qui sont insérés dans des systèmes d'opposition avec d'autres équipes aux qualités semblables. Cela explique pourquoi l'Olympique lyonnais - qui a régné sportivement sur le football français au début des années 2000 - suscite un engouement plus modeste que d'autres équipes françaises, et en particulier l'Olympique de Marseille.  

djezer : On entend parler de l'OM comme d'un véritable repère identitaire disséminant des valeurs profondes, tout un tas de notions amenant à l'identification, à l'appropriation comme à ce sentiment d'appartenance. Est ce que cela veut dire que les autres clubs en manquent ? n'en sont pas suffisamment imprégnées ? est ce que la médiatisation n'aide pas à ce basculement aussi ?

Ludovic Lestrelin : L'OM a en effet une personnalité très affirmée. Il exprime une identité locale très forte. Ce qui aussi peut expliquer pourquoi ce club génère tant d'attachement en dehors des limites de la ville et de la proche région car les gens sont à notre époque en quête d'appartenance claire et forte à un moment où ces appartenances dans d'autres sphères que le monde sportif sont peut-être moins lisibles et moins claires. A ce titre, l'OM fait figure un peu d'exception dans l'espace du football français. Après, il est évident que l'importante médiatisation de ce club joue un rôle dans la genèse des identifications en faveur de ce club. On peut parler de passion transmise via la télévision.  

Coupo_Santo_II : Bonjour mr Lestrelin, la Provence est une région mondialement connu, elle véhicule une image positive alors pourquoi l'OM depuis une vingtaine d'années cherche désespérément a ne pas y être associé ? Plus rien au stade qui nous rappelle que l'OM est un club provençal plus aucune identité culturelle... pourquoi la " coupo santo"  n'a même pas sa place dans la sonno du stade pendant l'heure qui précède un match ?

Ludovic Lestrelin : Je ne suis pas certain que l'OM ait un jour incarné l'identité provençale. L'OM est avant tout le club d'une ville, même si bien évidemment l'équipe est extrêmement suivie dans toute la Provence. Certains groupes de supporters se posent comme des défenseurs de l'identité locale et régionale. Les Fanatics en particulier sont très attachés au drapeau provençal.  

numax : Bonjour. J'ai lu avec intérêt votre ouvrage. Sur certains points, c'est un peu le monde de Oui-Oui. Pourquoi ne pas parler du racket pratiqué par certains clubs de supporters auprès de leurs membres ? Pourquoi taire les liens avec le grand banditisme ? En revanche, de nombreux chapitres sont très informatifs et je vous en remercie.

Ludovic Lestrelin : La question des liens supposés entre les groupes de supporters et le grand banditisme n'était pas l'objet de cette recherche qui entendait avant tout questionner le phénomène d'identification et de mobilisation à distance pour un club. L'enquête de terrain de plusieurs années menée pour ce travail ne m'a jamais permis de constater ce que vous évoquez. J'analyserai plutôt l'activité des associations locales de supporters comme une activité quasi-militante puisqu'elles se comportent comme des groupes de pression défensifs. Les supporters se perçoivent tels des syndicats cherchant à défendre des acquis, des tarifs populaires, etc. On peut déplorer la manne financière importante générée par le monopole sur la billetterie dont disposent les groupes de supporters. Dans le même temps, ces groupes développent aussi grâce à cet argent toute une vie associative et un engagement social dans la vie de la cité.  

1993 : Bonjour, croyez-vous à un déclin des supporters dans plusieurs décennies , si par exemple le club ne remporte plus ou pas de compétitions ?

Ludovic Lestrelin : La période de disette de l'OM entre 1993 et 2010 a montré combien la mobilisation des supporters était devenue indépendante de ses résultats sportifs. Je suis plus inquiet du contexte sécuritaire croissant qui pèse sur l'activité des groupes et qui pourrait être à l'origine de la disparition de cette forme de culture populaire.  

gregos : Bonjour, êtes vous supporter de Marseille ou amateur de football en général ? Admettons que vous ayez fait le même ouvrage avec Paris, vous en auriez vendu ? pffffffffff....

Ludovic Lestrelin : J'étais pratiquant de football de bon niveau lorsque j'étais adolescent, et je continue à suivre l'actualité du football. Pour ce qui est du Paris Saint-Germain, il existe également des PSG clubs disséminés en France et notamment à Avignon, et un autre à Toulon. Mais il est vrai que l'engouement reste moindre que celui constaté à l'endroit de l'OM. Pour ce qui est du PSG, c'est surtout la thématique du hooliganisme qui pourrait susciter de nombreuses ventes...  

chocomat : Comment expliquez-vous le rejet de certains "locaux" envers ces "faux" Marseillais, alors que c'est une fierté de voir l'OM représenté partout en France ?

Ludovic Lestrelin : Ce n'est pas un rejet catégorique mais plutôt de la méfiance qui tient d'abord à la sensibilité très vive des Marseillais en général. Les supporters locaux, dans les premiers temps de la relation avec les supporters à distance, cherchent surtout à mettre à l'épreuve ces derniers afin, en quelque sorte, de tester l'authenticité et la sincérité de leur passion. Lorsque les supporters à distance ont fait leurs preuves, des relations amicales solides peuvent s'établir entre les uns et les autres, mais il est vrai que les premiers temps de la relation sont toujours marqués par une certaine distance. En outre, les supporters à distance peuvent parfois être perçus comme plus candides vis-à-vis de la politique commerciale du club notamment, et moins exigeants quant aux résultats sportifs de l'équipe. Tout simplement parce que venir au stade Vélodrome est déjà quelque chose d'exceptionnel pour le supporter à distance. Il y a donc tout un travail de sensibilisation qui est opéré par les responsables des associations à Marseille en direction de leurs sections.  

marseyye : Pensez-vous que cette ferveur pour l'OM serait identique si le club brillait également sur la scène du basket ou du hand par exemple comme à Barcelone  ?

Ludovic Lestrelin : Le basket-ball et le handball, en France, restent des sports peu suivis. Je ne suis pas certain que cela pourrait jouer un rôle. En revanche, le basket est un sport très populaire en Espagne. En France, j'ai l'impression que la passion du football est quelque chose d'assez exclusif.  

ClaireBennet : Bonjour Monsieur, comment expliquer que l'OM ne soit pas affecté par le hooliganisme, alors que de (trop) nombreux grands clubs de football le sont.

Ludovic Lestrelin : Le club a connu des phénomènes de violence dans le passé. Il y a eu des incidents notamment entre groupes de supporters marseillais. En outre, historiquement, les supporters marseillais ont puisé leurs références dans le modèle italien de supportérisme dans lequel la violence peut faire partie du répertoire d'action collective mais n'est pas l'élément central de la pratique.  Mais il est vrai que d'une manière générale, le mouvement supportériste marseillais s'est engagé depuis plusieurs années dans un processus d'institutionnalisation : de grands groupes organisés, très hiérarchisés, très portés sur l'organisation de spectacles dans les tribunes, parfois ayant des permanents, gérant la billetterie dans les virages du stade Vélodrome... Bref, autant d'éléments qui ont contribué à un positionnement plus apaisé.  

Ce tchat avec Ludovic Lestrelin est maintenant terminé. Merci à vous de l'avoir suivi et à bientôt pour un nouveau tchat sur LaProvence.com !


Enfin, aujourd'hui 11 janvier, un article consacré au livre a été mis en ligne sur le site officiel de l'Olympique de Marseille. Je le reproduis ci-dessous :

Quand un sociologue analyse «l'effet OM»

 

51121Dans l'ouvrage «L’autre public des matchs de football», le sociologue Ludovic Lestrelin analyse la passion autour de l'OM au-delà des frontières marseillaises. ce qu'il appelle les «supporters à distance».

Si l’OM est le club le plus populaire de France, c’est de fait l’équipe qui dispose du plus grand nombre de supporters hors de ses terres. Certains aficionados n’ont parfois  même jamais mis un pied à Marseille, pourtant, ils brandissent fièrement les couleurs ciel et blanche à chaque fois que l’occasion se présente. Un phénomène qu’a tenté d’analyser Ludovic Lestrelin dans son ouvrage, «L’autre public des matchs de football» (déjà chroniqué dans le blog ici). Nous avons rencontré le sociologue de passage à la commanderie.

 

Autour d’une trentaine d’entretiens réalisés avec des supporters du club extérieur à la ville, Ludovic Lestrelin a tâché de comprendre comment une équipe de football peut susciter autant d’engouement, en dehors des limites de la région comme on peut le constater à chaque déplacement, chaque stage. Bretagne, Savoie, Nord, Pays-Basque, Espagne…. «C’est une identification qui prend du sens lorsque les supporters commencent à comparer l’OM avec d’autres équipes, estime-t-il, le club est porteur de valeurs dans lesquelles ils se retrouvent. Ce n’est pas une identité territoriale, mais une identité sociale…». La passion dépasse là les attaches à un lieu, le «phénomène OM» devance le simple cadre du sport, «c’est une histoire» pour laquelle chacun peut se retrouver pour partager un culte.

Une authentique forme de rassemblement, qui regroupe tout un peuple autour d’une ardeur commune. Un soutien de taille et particulier, car s’il est difficile de trouver un fanatique du PSG à Marseille, à l’inverse, il n’est pas rare de découvrir des adeptes de l’OM au sein de la capitale. C’est cela que Lestrelin appelle le «supportérisme à distance», que l’on retrouve de manière récurrente en faveur du club  phocéen : «L’OM est une équipe qui cumule des propriétés importantes. Cela joue quand un supporter fait son choix. L’Olympique de Marseille, c’est une longue histoire sportive, une aura, un style de jeu spectaculaire, des vedettes emblématiques, mais aussi “une personnalité très affirmée”.»

 

Mais si ces supporters sont souvent loin du club de leur cœur, un symbole les rallie à cette cause. Le stade Vélodrome, emblème qui devient pour certains la destination d’un véritable pèlerinage, «les supporters sont d’abord passionnés par le club, et ne sont pas forcément intéressés par la cité. Ils voient le stade Vélodrome comme le symbole de leur passion. Mais l’on se rend compte que les plus anciens d’entre eux se passionnent ensuite pour la ville, car ils y entretiennent des attaches» : c’est une vitrine de luxe pour la commune. A l'accoutumée, quand on pense Marseille, on pense l’OM...

Une nouvelle fois, l’Olympique de Marseille attire la curiosité, suscite l’engouement, mais surtout, draine les passions de tout un peuple disséminé aux quatre coins du pays, voire de la planète. La page facebook du club en atteste…


«L’autre public des matchs de football – sociologie des «supporters à distance» de l’Olympique de Marseille»

 

De Ludovic Lestrelin – Ecole Des Hautes Etudes En Sciences Sociales (EHESS)

Novembre 2010 – 26€.

                            

Rudy Dahan (avec E.J.)