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Un nouveau numéro de la revue Sociologie (déjà évoquée sur ce blog dans un billet de 2009) vient de paraître. J'ai le plaisir d'y signer, en compagnie de Jean-Charles Basson et Boris Helleu, un article intitulé : "Sur la route du stade. Mobilisations des supporters de football" (en anglais : "On the road to stadiums. Mobilizations of football supporters"). L'éclairage que nous proposons de l'une des activités emblématiques des supporters (la fameuse "culture déplacement" selon l'expression en usage dans ce milieu) emprunte principalement aux travaux d'Erving Goffman et Howard S. Becker et il ne vous aura pas échappé que le titre est un clin d'oeil au célèbre ouvrage de Jack Kerouac. L'analyse est menée à partir de la population des "supporters à distance" de l'Olympique de Marseille. Cet article s'inscrit dans la continuité d'un travail entrepris depuis plusieurs années maintenant qui s'est aussi traduit par deux communications (à Nîmes pour un colloque de géographie sociale en juin 2012 et à Paris au Centre d'histoire sociale à l'occasion d'un séminaire "football et mobilité" en juin 2011, lire notamment ici). Je reprends ci-dessous quelques-uns des premiers éléments récemment mis en ligne sur le site Internet de la revue (lien ici), à savoir le résumé, les mots clefs et le plan. J'ajoute également en fin de billet quelques liens vers certaines des références (centrées ici sur le monde des supporters de football) mentionnées dans la bibliographie de l'article, comme une invitation à prolonger la lecture. Sachez aussi que la revue est disponible dans les bonnes librairies au prix de 25 euros. L'article, ainsi que tous les autres qui composent ce numéro, est par ailleurs accessible au format PDF sur le portail CAIRN

RésuméPhénomène planétaire, le football et l’engouement qu’il suscite gagnent de nouveaux espaces et tendent, du même coup, à éloigner géographiquement les supporters des clubs qu’ils soutiennent. Dispersés sur l’ensemble du territoire national, et présents dans de nombreux pays étrangers, les « supporters à distance » de l’Olympique de Marseille, retenus ici comme terrain empirique, fondent ainsi l’essentiel de leur activité associative sur l’organisation de voyages collectifs afin d’assister en nombre aux matchs de leur équipe favorite depuis les tribunes des stades dans lesquels elle se produit. Parcourant régulièrement les routes, leurs déplacements sont alors propices au développement de nombreuses pratiques par lesquelles ils cultivent leurs différences vis‑à‑vis de leur milieu d’appartenance et s’appliquent à se rapprocher de l’environnement marseillais qu’ils escomptent intégrer. Méprisés par leur milieu d’origine pour leur refus de soutenir le club local le plus en vue, ils sont engagés dans une perpétuelle quête d’authenticité auprès des supporters marseillais qui ne comprennent pas davantage leur attachement à un club situé dans leur propre périmètre de vie. Espace de normalisation des conduites, le déplacement permet ainsi que s’opère cette transmutation par les trois voies suivantes : il offre l’opportunité de rompre avec la scène quotidienne ; il autorise le déploiement d’un sentiment communautaire partagé par les compagnons de voyage ; il favorise la préparation du contact avec les supporters locaux afin de produire auprès d’eux la meilleure impression possible.

Mots clefs : Sport, Football, Mobilité géographique, Mobilisations 

Plan

Sommaire

Comprendre ce qui se joue loin des stades de football

Le supportérisme à distance ou la quête d’authenticité
Le cas des supporters à distance de l’Olympique de Marseille
Une enquête ethnographique multi‑sites
Le déplacement comme expérience extra‑ordinaire
« Prendre le large » pour s’affirmer
Le car, territoire de « l’entre‑soi »
Le déplacement comme travail d’enrôlement
Le déplacement : espace‑temps de socialisation
Le contrôle social exercé sur les adhérents des sections
L’instauration de seuils ou l’affirmation de différences entre les adhérents
Conclusion

Références exactes : Ludovic Lestrelin, Jean-Charles Basson & Boris Helleu, « Sur la route du stade. Mobilisations des supporters de football », Sociologie, vol. 4, n°3, p. 291-315.

Pour aller plus loin, quelques références choisies parmi bien d'autres :

Fontaine Marion (2010), Le Racing club de Lens et les Gueules Noires. Essai d’histoire sociale, Paris, Les Indes Savantes. 

Guyon Stéphanie (2007), « Supportérisme et masculinité : l’exemple des Ultra à Auxerre », Sociétés & Représentations, n° 24, pp. 79‐95

Lestrelin Ludovic (2010), L’autre public des matchs de football. Sociologie des supporters à distance de l’Olympique de Marseille, Paris, EHESS.

Lestrelin Ludovic & Basson Jean‐Charles (2009), « Les territoires du football : l’espace des supporters à distance », L’Espace géographique, vol. 38, n° 4, pp. 345‐358. 

Une saison de Vérone

Enfin, pour une plongée littéraire dans le monde des supporters, il faut lire Tim Parks, auteur anglais exilé à Vérone dans le Nord de l'Italie, qui a suivi pendant toute une année les matchs de la modeste équipe de série A du Hellas Verona. Ayant accompagné dans tous ses déplacements la Brigate Gialloblù, noyau dur ultra, il rend compte de cette expérience vécue dans son ouvrage A season with Verona, Travels around Italy in search of illusion, national character and goals qu’il dédie aux « garçons qui ont voyagé dans le bus ».