La dernier numéro de la revue Sciences Sociales & Sport vient de paraître et il consacre une large place à un dossier intitulé "Comparer le sport". Celui-ci a pour origine le thème du 7ème congrès de la Société de Sociologie du Sport de langue française qui s'est tenu à l'université de Strasbourg en mai 2013. William Gasparini et Michel Koebel, les collègues qui ont oeuvré - avec quelques autres - à la réussite de cette manifestation scientifique (dont la prochaine édition se tient dans quelques jours à Montpellier, cf. en fin de billet), ouvrent ainsi ce numéro par un texte dans lequel ils plaident "pour un comparatisme réflexif". Outre un exposé sur les usages, les vertus et la méthode de l'acte de comparer en sciences sociales, leur article se présente également comme un bon bilan bibliographique des travaux produits sur ce sujet. Le dossier comporte quatre textes, tous issus de communications réalisées lors du congrès en Alsace après sélection initiale puis double expertise. Sont repris, ci-dessous, les résumés de chacun de ces articles. 

Couverture

"Les trois corps du pugiliste" : le texte de Loïc Wacquant est le premier d'entre eux. Résumé : Sur la base de trois ans d'observation participante et d'apprentissage dans une salle de boxe d'un quartier noir du South Side à Chicago, cet article reconstitue l'expérience vécue de l'instrumentalité, de l'esthétique et de l'éthique incarnée chez les boxeurs. Ensemble, ces trois corps définissent l'aisthesis spécifique de la pratique pugilistique en tant que métier du corps et du ghetto. Son étude montre que la boxe professionnelle ouvre une voie vers une différenciation sociale, voire de la transcendance sociale, plutôt que vers l'ascension économique : l'éthique professionnelle du « sacrifice » permet aux boxeurs de s'arracher à leur vie quotidienne pour créer un univers moral et sensuel sui generis, creuset de la constructuion d'un soi masculin glorieux.

Outre la lecture fortement conseillée de cet article, vous pouvez revoir sur le site Canalc2.tv la conférence plénière prononcée par Loïc Wacquant à l'occasion du Congrès en cliquant sur le lien ci-contre : revoir (d'autres séquences du congrès sont aussi disponibles). 

Le deuxième article s'intitule : "De l'avantage de comparer les carrières supportéristes à des carrières militantes". J'en suis l'auteur. Résumé : Comment peut-on être supporter de football ? Pourquoi se mobilise-t-on pour « son » club en rejoignant un groupe organisé ? Nous proposons d’étudier les trajectoires d’engagement dans le supportérisme en les comparant à des carrières militantes. Tel qu’il est utilisé par la sociologie de l’engagement militant, le concept de carrière invite, en effet, à étudier les individus et interactions certes, mais aussi les organisations. Manière de décloisonner les recherches sur les publics sportifs, cette proposition est aussi un encouragement à appréhender les supporters comme des acteurs associatifs et à construire une sociologie politique pensant, au-delà de l’usage métaphorique, le « militantisme » des stades.

Verso

La troisième contribution est celle de Clémence Perrin-Malterre et elle s'intitule : "Comparer l'organisation d'un sport de nature dans deux espaces protégés". Résumé : En adoptant une démarche inductive, nous avons analysé l’organisation d’un sport de nature (le canyoning) dans deux Parcs naturels régionaux. Dans le cadre d’une démarche comparative, à la fois synchronique et diachronique, nous avons interrogé et enrichi les résultats de l’analyse afin de pouvoir bâtir un modèle interprétatif qui dépasse la seule contingence locale. Puis, nous avons accordé à nos résultats de recherche une portée explicative plus large que le contexte où ils ont été recueillis, afin de mettre en évidence les caractéristiques de la gestion de l’activité canyoning sur un territoire.

Le quatrième et dernier article du dossier est l'oeuvre de Romaine Didierjean : "La pratique sportive des immigrées à l'épreuve de la comparaison : l'exemple des filles d'origine turque en France et en Allemagne". Résumé : Cet article restitue une partie d’un travail qui visait à analyser sociologiquement le rapport que les filles d’origine turque entretiennent avec les activités physiques et sportives, qu’il s’agisse de sport auto-organisé, d’activités dans le milieu scolaire ou encore de sport en club. L’étude fut menée de 2005 à 2011 dans deux régions frontalières : l’Alsace et le Baden-Württemberg, où les originaires de Turquie représentent la première communauté étrangère. Des méthodes d’enquête qualitatives et quantitatives furent combinées afin de mettre à jour la complexité des facteurs qui agissent sur cette population de part et d’autre du Rhin ainsi que les différents arrangements.

La partie varia de la revue accueille enfin deux articles d'histoire, l'un de Sébastien Stumpp, l'autre de Sébastien Laffage-Cosnier dont voici les deux résumés :

« Vrais montagnards » et « joueurs des plaines ». Pratique du volley-ball et dynamique de sportivisation au sein des clubs de montagne alsaciens (1946-1974)Figures structurantes de l’espace sportif alsacien, les clubs de montagne s’attachent, tout au long du xxe siècle, à maintenir un modèle identitaire exaltant la camaraderie et le primat du collectif sur l’individu. Présentée comme fondatrice de l’« esprit montagnard », cette logique « communautaire » commence néanmoins à être discutée au cours des années 1960. Les conditions de diffusion et de sportivisation de la pratique du volley-ball en sont une bonne illustration. La création d’un « championnat de volley-ball de montagne » cristallise en effet les tensions, parce qu’elle engage une nouvelle vision des échanges associatifs et remet en cause les formes de sociabilité traditionnellement pérennisées.

La végétalisation scolaire : la promotion de la première classe de forêt organisée à Vanves en 1959 par le Dr Max FourestierEn France, le Dr Max Fourestier, médecin scolaire de l’école Gambetta à Vanves, organise, pendant deux semaines en 1959, la première « classe de forêt » au sein de l’école publique. Cette innovation scolaire à la campagne, vantée pour ses bienfaits sur les élèves, se développe au cours des années 1960 et 1970 à l’échelon national. L’étude vise à montrer comment le médecin met en place un processus de valorisation de la classe de forêt qui se veut être à la croisée de vertus sociales, de fonctions symboliques, de pouvoirs thérapeutiques et d’ambitions d’épanouissement. Max Fourestier souligne les pouvoirs éducatifs et les vertus de la classe de forêt qui constitueraient une forme d’écosystème scolaire dans lequel les élèves pourraient grandir et s’instruire en harmonie avec la nature.

Sachez encore que vous retrouverez (en cliquant sur le lien ci-contre) tout le programme détaillé du 8ème Congrès de la Société de Sociologie du Sport de langue française qui se déroule à Montpellier du 3 au 5 juin. Cette année, le thème est : "Le sport face aux institutions, interactions et transformations réciproques". Vaste sujet !