Nous voilà le 17 juin et la coupe du monde de football a commencé depuis six jours. Un temps suffisant pour poster un premier billet sur le sujet tout en évitant, peut-être, le flot d'articles, d'entretiens, de tribunes, etc. parus dans la presse et sur Internet depuis la semaine dernière. Avant de revenir sur cet événement plus tard, je propose tout d'abord de mettre en lumière trois publications récentes. 

Couverture Revue Mouvements n°78

La première d'entre elles, c'est le numéro spécial de la revue Mouvements (n°78, été 2014, 175 p, 15 €.) : "Peut-on aimer le football ?". Voici la quatrième de couverture : « À la veille de la Coupe du monde de football au Brésil, ce numéro de Mouvements se demande comment l'on peut être de gauche et aimer le football, ce sport capitaliste, raciste, misogyne, homophobe et mafieux... Ce numéro se penche aussi sur les conséquences sociales de l'organisation de mega events ou la construction de nouveaux stades qui visent à changer le public, à contrôler ses pratiques et à aménager des villes. Le foot reste néanmoins un "jeu social" planétaire, animé par des amateurs souvent issus des classes populaires, des minorités racialisées, dans lequel les femmes tentent de se faire une place, et qui produit du plaisir ...». Le numéro (accessible dans son intégralité sur le portail Cairn) se compose de 16 articles, répartis en 3 grandes parties :

I. Les territoires du foot marchand : avec des contributions du rédacteur de ce billet sur les transformations du spectacle du football, de Juliette Rousseau sur l'emprise des méga-événements et les formes de résistance, Jean-Charles Basson et Barnabé Binctin sur les grands stades, un entretien avec Noël Pons sur la corruption et les paris truqués. 

II. Hors-jeu institutionnels : dominations et résistances. Avec un article de Julien Bertrand sur la formation des footballeurs professionnels et un autre de Patrick Simon sur les relations entre football et immigration, un entretien avec Jean-Pierre de Mondenard sur le dopage, des contributions de Annie Fortems et Camille Martin sur le football féminin, de Bérangère Ginhoux sur les supporters ultras, un entretien avec Céline Lebrun sur les supporters ultras en Égypte et une table-ronde sur les discriminations dans le football réunissant Cécile Chartrain, Nicolas Kssis-Martov, Marwan Mohammed et Veronica Noseda. 

III. Le goût du football : un article de Xavier de La Porte sur son expérience de chroniqueur sportif sur Canal +, la suite de la table-ronde (avec les mêmes participants) au thème évocateur (subvertir et aimer le football) et, enfin, plusieurs témoignages intitulés : "mon plus beau match de football".

Le numéro a fait l'objet depuis sa sortie d'une belle couverture médiatique. Le Monde a consacré un article le 12 juin ("Une certaine gauche intellectuelle fait l'éloge de la force créatrice du football". L'article a ensuite été repris dans la revue de presse d'Yves Decaens sur France Inter) ; le même jour, Jacques Munier sur France Culture a consacré sa chronique au numéro (réécouter) ; le sociologue Stéphane Beaud (cf. fin de billet) évoque Mouvements dans une analyse écrite pour le Nouvel Obs ("de la difficulté de prendre le football au sérieux") ; Next (supplément Libération) a fait une petite recension dans son édition du 7 juin ("buts atteints", p. 87) tout comme Le Monde diplomatique dans son édition de juin et Sport et plein air, la revue du sport et de la FSGT dans son numéro de juin-juillet ; Philippe Marlière, coordonnateur du numéro, a été l'invité de la radio chrétienne francophone (RCF) le 4 juin (réécouter). Ce dernier a par ailleurs repris sur son blog (hebergé par Mediapart) son "plus beau match de football", ce qu'a également fait Nicolas Kssis-Martov sur son blog. Enfin, la revue Urbanisme a mentionné Mouvements, évoquant « un numéro-dossier opportunément publié à la veille du Mondial, (portant) un regard sans concession sur les dérives du football mondialisé (...). L'ensemble est une approche originale, très complémentaire de notre dossier ». 

Couverture

En effet, et c'est la deuxième parution que je tenais à mentionner, la revue Urbanisme a de son côté consacré un long et très intéressant dossier au football et plus précisément aux grands stades ("Grands stades en quête d'urbanité", n°393, été 2014, 20 €).

Voici l'édito du rédacteur en chef, Antoine Loubière : « Ce numéro d’été consacre un large dossier aux grands stades contemporains qui se retrouvent au cœur de l’actualité, avec le Mondial en cours. Surtout, il propose une lecture de l’événement en le resituant dans ses enjeux urbains, tout particulièrement au Brésil où il fait l’objet d’une forte contestation. Celle-ci met en question l’ampleur des investissements consentis à ces grands équipements, qui peuvent devenir des "éléphants blancs", autrement dit des cadeaux empoisonnés du fait de leurs futurs coûts d’entretien, comme l’explique le géographe américain Christopher Gaffney. Dans le même temps, ces stades et des événements comme la Coupe du Monde de football ou les jeux Olympiques consacrent des "villes émergentes dominantes" comme Pékin ou Rio, et demain un petit pays comme le Qatar. En ce sens, ils sont aussi le signe d’un basculement du monde et de son irrésistible urbanisation en dehors des pays dits développés et de l’Occident (...) ». L'édito du dossier spécial (écrit par Jean-Michel Mestres) est aussi accessible en ligne (lire ici).

17 articles se succèdent. Le dossier croise les regards disciplinaires (urbanistes, historiens, géographes, sociologues, architectes, économistes tels que Jean-Pierre Augustin, Nicolas Hourcade, Jean-Michel Roux, Pierre Chaix, Sylvain Lefebvre, Romain Roult, le rédacteur de ce blog, etc.). Il multiplie par ailleurs les terrains : le Brésil bien sûr et notamment Rio de Janeiro, mais aussi le Qatar, la France (qui demeure caractérisée par l'importante place des collectivités locales comme le souligne un article du journaliste Jean-Damien Lesay à propos de l'organisation du prochain Euro en 2016). Sont en particulier examinés les cas de Bordeaux, Lille, Nanterre (à travers le projet d'Arena), Ris-Orangis (le grand stade voulu par la fédération française de rugby). Les articles ne se focalisent pas seulement sur les dimensions matérielles, politiques et économiques des grandes enceintes sportives mais abordent des dimensions plus sensibles telles que les publics et le lien social (Nicolas Hourcade), les identités (mon article) ou encore l'ambiance des stades (Jean-Michel Roux). Le numéro a fait l'objet d'une recension sur le site villedurable.org

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Enfin, et c'est la troisième et dernière parution, j'aimerais mettre en valeur le livre de Stéphane Beaud (avec Philippe Guimard) paru chez La Découverte : "Affreux, riches et méchants ? Un autre regard sur les Bleus" (200 p., 12,50 €).

Voici la quatrième de couverture : « Depuis leur grève lors de la Coupe du monde en Afrique du Sud, en juin 2010, les joueurs de l'équipe de France de football souffrent toujours d'une image exécrable dans les médias et dans l'opinion publique. Qu'est-ce qui explique cette durable infamie ? Pour répondre à cette question, ce livre poursuit la réflexion initiée en 2011 avec Traîtres à la nation ?, dont il reprend certains éléments d'analyse, en examinant de plus près, d'une part, les profondes transformations du football professionnel depuis le milieu des années 1990 et, d'autre part, la tension structurelle qui existe aujourd'hui entre des joueurs au sommet de la réussite, sportive et économique, et des journalistes soumis à une forte concurrence, avides d'infos et de scoops. Le livre montre aussi que le football peut se révéler un analyseur fin de la crispation autour de la place accordée aux jeunes issus de l'immigration postcoloniale. Souvent suspectés de ne pas chanter La Marseillaise, de ne pas "mouiller le maillot" tricolore, de ne pas aimer jouer "pour la France", les joueurs issus des cités de banlieue ont pourtant grandement contribué à qualifier l'équipe nationale pour le Mondial 2014 au Brésil. Cette qualification ouvre-t-elle la voie d'une reconquête sportive et d'un retournement de l'opinion en leur faveur ? ». 

L'ouvrage a fait l'objet d'une importante couverture médiatique. Le recensement n'est pas exhaustif : le livre a fait l'objet d'une longue présentation sur le site d'Acrimed, Stéphane Beaud a été interviewé par Le Nouvel Observateur ("Les joueurs de foot sont des ovnis sociaux"), Rue 89 ("Pourquoi vous avez tort de ne pas aimer les Bleus"), le Journal du Dimanche ("Deschamps a tiré les leçons de Knysna"). Il a publié une tribune dans Libération le 12 juin ("Les Bleus seront-ils un jour de bons Français ?"). Il a participé à des émissions radiophoniques sur France Culture (notamment La Grande Table, seconde partie avec Pierre-Louis Basse, le 11 juin : réécouter). Les Inrocks du 10 juin ont consacré, via Frédéric Bonnaud, leur édito au livre ("D'autres yeux sur les Bleus"). J'en oublie... 

J'aborderai prochainement sur ce blog d'autres travaux en lien avec le football, le Mondial et le Brésil. Soyez attentifs ! D'ici là, bonnes lectures.