Noël approche et, à en croire certains spécialistes, plus on s'approche de la date fatidique, plus la réalisation des achats - une entreprise en soi déjà difficile - s'avère ardue et source de stress. Bref, il ne faut plus tarder. Or, vous voilà dans une facheuse posture : votre ami(e), papa, maman, tonton, tata (etc.) est sociologue et vous ne savez pas trop comment faire plaisir à un(e) sociologue. Rassurez-vous, tout n'est pas perdu, il est possible d'enthousiasmer un(e) sociologue le soir de Noël. À condition de savoir s'y prendre. Comme généralement votre sociologue aime lire, un cadeau invitant à la lecture sera toujours une bonne idée. Mais nul ne sert, par exemple, de s'appuyer sur la liste des "meilleures ventes sociologie 2013" proposée par la Fnac : les titres qui y sont recensés risquent de vous induire en erreur (on y trouve le dernier Pierre Bellemare) et de froisser votre sociologue familial à l'ouverture des présents. Comme l'an passé à la même époque (voir ici), ce billet est donc là pour vous guider dans l'immensité des objets proposés dans les catalogues de Noël et devantures de magasins qui, pour le moment, ne proposent pas encore de rayon "spécial sociologue". Sélection très sélective de cadeaux à prix doux. 

Option 1 : toute l'année, votre sociologue est tendu-e. Et oui ! ANR, AERES, collègues, étudiants... "pas les raisons qui manquent", marmonne-t-il/elle. Vous jouez la carte de l'humour et de la détente

couv riche pourquoi pas toi

Vous offrez la dernière réalisation de l'excellente auteur de la série 'Tu mourras moins bête", mettant en scène la Prof Moustache. "Riche, pourquoi pas toi ?" est une enquête fiction sur l'argent signée Marion Montaigne. L'auteur s'appuie sur les écrits de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, deux authentiques sociologues « spécialistes des riches »... Riche, pourquoi pas toi ? est un one shot qui raconte l'histoire de Philippe Brocolis, heureux gagnant de la cagnotte du Loto. Avant, les choses étaient simples : pour Philippe, être riche, c'était – eh oui ! – avoir de l'argent ! Pourtant, après avoir reçu son gain, il s'aperçoit que ce n'est pas si simple à définir, la richesse. Avec l'aide des sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, la famille part à la conquête d'un monde qui lui est totalement étranger, celui de la bourgeoisie. Riche, pourquoi pas toi ? est une histoire complète, une BD documentaire et humoristique sur l'argent et les riches.

Pour acheter la BD (prix : 17,95 €), c'est par ici : http://www.dargaud.com/riche-pourquoi-pas-toi

Le plus. Pour prolonger cette lecture, glissez une petite enveloppe à l'intérieur du paquet cadeau sur laquelle vous écrirez ce lien vers le site "Émile, on bande ?", qui parle de sociologie en utilisant la BD (et c'est bien fait !) : http://socio-bd.blogspot.fr

Deux planches de la BD de Marion Montaigne pour donner envie :

Extrait page 5

Extrait page 6

Option 2 : toute l'année, votre sociologue se plaît à analyser les situations que vous vivez et vous fait part de ses lumières à table. Et oui ! "La sociologie est partout et être sociologue, c'est d'abord adopter un regard sur le monde", se défend-il/elle. Vous lui offrez un cadeau invitant à prendre Noël comme objet d'analyse  

ethnologie de noëlPar exemple, l'ouvrage Ethnologie de Noël paru en 2000 aux éditions Grasset. Présentation de l'éditeur : depuis les années 40 et sous l'influence des Etats-Unis, Noël suscite une mobilisation sans précédent dans le cycle des réjouissances annuelles : nous l'éprouvons tous comme un héritage collectif. De la Toussaint au Nouvel An, il surexpose la scène sociale, et transfigure nos paysages urbains. Sacrée, traditionnelle et moderne, cette célébration du merveilleux rassemble les contraires. Ombre et lumière, passerelle entre le monde des morts et celui des vivants, Noël impose une lecture manichéenne de l'événement sur le mode de l'effroi ou de la féerie. Véhiculant une imagerie bien spécifique, tissée de religion, d'histoire et de folklore, Noël recouvre un patrimoine très largement exploité par le cinéma, la littérature et les arts. Citons Miracle on 34th Street de J. Huston (1947), Le Conte de Noël de Dickens, La Petite Marchande d'Allumettes d'Andersen, sans oublier les regards émerveillés des enfants devant les vitrines qu'ont capturés Doisneau, Ronis, et bien sûr la chanson de Tino Rossi, Petit Papa Noël. Si la tradition familiale célèbre l'enfant roi, pilier de la nouvelle trinité Famille-Enfance-Charité, Noël est devenu un hymne à la gloire de l'argent, et ce, dès la fin du XIXe siècle. Santa Claus, le Père Noël et les lutins scandinaves sont autant de supports publicitaires, pourtant leur essence « divine » neutralise toute connotation négative de matérialisme. Symbole de nos sociétés de consommation, Noël n'en demeure pas moins une période propice à l'attendrissement sur soi et sur les autres ; en témoignent les actions caritatives et le court arrêt des hostilités. C'est ce registre que Martyne Perrot ne cesse d'interroger. Sous sa plume, Noël devient un « objet anthropologique total » en ce qu'il condense et révèle les fractures de notre époque.

Prix : aux alentours de 18 €

Le plus. Pour prolonger cette lecture, glissez une petite enveloppe à l'intérieur du paquet cadeau sur laquelle vous écrirez ce lien vers une sélection de travaux de sciences sociales prenant pour objet Noël, présentée sur le site de Pierre Mercklé : http://pierremerckle.fr/2011/12/de-bonnes-raisons-de-croire-au-pere-noel/

Option 3 : toute l'année, votre sociologue vous dit qu'il doit bosser sur sa thèse (sur ses projets d'articles, de comm. orales, etc.). Et oui, il/elle est encore apprenti(e) ! À peine vient-il/elle de se lancer en doctorat que tout le monde dans la famille lui demande quand il/elle aura terminé et où tout ça va bien pouvoir le/la mener. Vous jouez la carte du cadeau qui rassure tout le monde.  

Devenir chercheur EHESS

Vous offrez un livre récemment paru aux éditions de l'École des hautes études en sciences sociales, sous la direction de Moritz Hunsmann et Sébastien Kapp. Comment devient-on chercheur ? Quelles sont les règles implicites et les pratiques qui gouvernent la préparation de la thèse ? Peut-on tenter de répondre collectivement, et de manière réflexive, aux questions que se posent les doctorants ? Ce livre aborde tous les aspects de la vie du jeune chercheur : le choix du sujet et de la méthode d’enquête, les relations avec le directeur de thèse, l’écriture, les publications, les opportunités du numérique, la présentation orale ou encore l’adoption d’une posture de recherche et l’engagement en tant que chercheur. L’objet de cet anti-manuel est d’établir le lien entre une expérience individuelle, conditionnée par la place centrale qu’y occupe l’écriture, et le contexte institutionnel et collectif de la recherche, dans lequel les doctorants se sentent souvent perdus. Une conviction unanime a porté ses auteurs : faire de la recherche et écrire une thèse sont des savoir-faire qui non seulement s’apprennent, mais aussi se transmettent.

Pour vous ouvrir l'appétit, vous pouvez lire la préface rédigée par le grand sociologue Howard S. Becker : http://editions.ehess.fr/uploads/tx_editionsehess/DevenirChercheur-extrait.pdf
Prix : 16 €

Le plus. Cadeau valable aussi pour le (la) déjà docteur(e), accompagné d'un petit mot teinté d'ironie, genre : "tout ce qu'il aurait fallu faire". Ou : "tout ce à quoi il faudra penser pour la prochaine thèse". Ne pas oublier le smiley. 

Option 4 : non, votre sociologue n'a pas de réflexe pavlovien anti-foot et n'est pas de ceux/celles qui aiment à dire qu'ils préfèrent le rugby. Toute l'année, il/elle lit L'Équipe et regarde le football à la télé en se justifiant : "ne pas s'intéresser à un jeu qui déchaîne autant de passions serait une erreur sociologique majeure". Vous jouez la carte football. 

couv dictionnaire

Vous lui offrez le tout récent Dictionnaire des supporters, paru chez Stock considérant que c'est une bonne porte d'entrée pour saisir cet univers codifié qu'est le monde des tribunes. Une invitation en somme à de futurs travaux sociologiques ? Présentation de l'éditeur : ce livre fera date dans le milieu des supporters de football. Pour la première fois, en France comme à l’étranger, un dictionnaire leur est consacré. Franck Berteau, journaliste habitué à fréquenter les stades, entraîne le lecteur « côté tribunes », dans les coulisses d’un monde méconnu et souvent décrié. De Paris à Marseille, d’Istanbul à Buenos Aires, l’actualité prouve sans cesse qu’il y a là un phénomène de société majeur, mais aussi un univers complexe, avec ses rites, ses valeurs, son jargon. L’auteur nous en ouvre les portes. Chacun de ses 300 textes est une plongée, pour le pire ou le meilleur, au coeur de ces « tribus » exubérantes, passionnées, parfois violentes. De A à Z, tout y est : les groupes ultras et leur histoire, le hooliganisme, les codes vestimentaires, les références musicales ou littéraires, les influences politiques… Un ouvrage d’une grande richesse qui aide à comprendre une partie de la jeunesse actuelle.

Préface de Philippe Broussard, auteur du livre Génération Supporter (Robert Laffont, 1990).

Pour acheter le livre (prix : 24,50 €), c'est par ici : http://www.editions-stock.fr/le-dictionnaire-des-supporters-9782234073340

Le plus. Conseillez-lui d'acquérir le numéro spécial de So Foot consacré aux supporters, par ici : http://www.sofoot.com/anciens-numeros.html

Et puis, et puis... il y a une option 5. 

Option 5 : un choix sûr alliant la détente, l'esprit d'analyse, le travail de thèse et le football. Roulement de tambour...

L'autre public des matchs de football

En effet, si rien ne vous tente jusqu'ici, il y a toujours mon ouvrage, L'autre public des matchs de football. Sociologie des "supporters à distance" de l'Olympique de Marseille, paru également aux éditions de l'École des hautes études en sciences sociales. Présentation de l'éditeur. Comment peut-on soutenir l'équipe marseillaise lorsque l'on a toutes ses attaches à Rouen, Paris ou ailleurs ? Décentrant le regard, l'option inédite ici choisie par Ludovic Lestrelin consiste à saisir le public des matchs de football via ces partisans extraterritoriaux qu'il nomme les "supporters à distance". La passion pour le football n’est-elle pas solidement ancrée dans un territoire, local et national, où s’agrègent les expériences conflictuelles et émotionnelles ? Pourtant, les clubs français et européens disposent désormais d’un autre public. S’affranchissant des barrières territoriales, de nombreux supporters qui ne résident pas dans l’environnement direct des équipes, participent pleinement à l’enthousiasme local. Que signifie cet engouement extraterritorial ? Comment se manifeste l’identification à un club, malgré l’éloignement géographique ? L’auteur analyse les pratiques de suivi des matchs, le rôle de la télévision, le fonctionnement des associations de supporters à distance. Autour des trajectoires de passionnés, les échos de cette ferveur sur les proches, le récit des voyages pour aller voir jouer l’équipe, l’évocation des rapports noués avec les partisans locaux permettent de cerner les ressorts et les contours du supportérisme à distance et de renouveler en profondeur le regard porté sur le spectacle du football. 

Le lien vers cette valeur sûre (au modeste prix de 26 €, pourquoi se priver) est ici : http://www.editions.ehess.fr/ouvrages/ouvrage/lautre-public-des-matchs-de-football/

Le plus. Vous lui conseillez de lire ce blog :-) 

Bonnes lectures et, surtout, de très joyeuses fêtes de fin d'année à toutes et à tous.