marseilleM13-4Marseille, "ville de foot" (épisode 1), Marseille, une ville à la "mauvaise réputation" souvent présentée comme capitale de la violence et du vice (épisode 2), Marseille, "ville complexe" (épisode 3) en pleine transformation (Euroméditerranée, transformations urbaines diverses, gentrification du centre ville)... C'est aussi une ville qui regorge de trésors. Mais pour voir Marseille, il faut prendre son temps. Plus, il faut de l'abnégation pour surmonter les clichés et pour comprendre sa beauté. Or, c'est bien le rôle de la culture que de bousculer les représentations, de faire voir les choses autrement. Gageons que Marseille Provence 2013 réussira ce pari là. 

Marseille a des atouts culturels nombreux. Certes, comme le rappelle le sociologue Jean Viard dans un entretien paru sur le site de RFI le 7 janvier dernier (lire l'entretien complet ici), "Marseille n’est pas une ville historiquement très culturelle. Ce n’est pas une ville qui respecte énormément les créateurs", si l'on entend par là que l'engagement des élus pour la culture n'est pas à la hauteur de ce qui se fait dans d'autres villes françaises et européennes. Marseille a du retard sur le travail de fond, de structuration opéré par Lille, Nantes, Bordeaux, Aix-en-Provence par exemple. Il n'en reste pas moins qu'il y existe une vitalité culturelle très importante. Nombreux sont les lieux, institutions, références et artistes en lien avec Marseille. Le Théâtre de la Criée, Serge Valetti, Rudy Riciotti, Radio Grenouille, La Friche de la Belle de Mai, le Ballet national de Marseille, le (futur) MuCeM (photographie ci-dessous), le Musée des Beaux Arts et le Muséum d'histoire naturelle, le "MAC", l'Opéra, Pagnol, Raimu, Fernandel, Yves Montand, Robert Guédiguian, La Cité radieuse de Le Corbusier, L’Alcazar, Cézanne, le cubisme et l’Estaque, la Vieille Charité, Jean-Claude Izzo, la librairie (et la maison d'édition) Jeanne Laffitte, la (regrettée) revue La Pensée de midi, Jean Ballard et Les Cahiers du Sud, la revue Marseille... La liste est non exhaustive... Vous en voulez encore ? Je vous conseille de lire régulièrement les pages consacrées à Marseille Provence 2013 sur le site de Télérama (ici et sur le blog). Comme le souligne encore Jean Viard, "Il ne faut pas se tromper : à Marseille, il y a plus de gens qui vont au théâtre qu’au foot !". Cette ville entretient, en effet, un rapport passionné au théâtre et à l'opéra, longtemps spectacle roi.

24clisaricciotti6477À Marseille, la musique relève d’une longue histoire. Il y a trois siècles, la ville accueille le premier opéra de province, spectacle qui, d’une part, n’y a jamais eu la connotation élitiste caractéristique des autres villes françaises, d’autre part, a connu un grand succès auprès des Marseillais, un public réputé connaisseur mais exigeant. L’Alcazar, célèbre salle de concerts, a longtemps été une scène redoutée dans le milieu du spectacle. Les cafés-concerts, les théâtres d'opérettes, les music-halls étaient nombreux du milieu du XIXe siècle aux années 1930. En matière de musique, Marseille doit par ailleurs une partie de sa réputation à Vincent Scotto qui (comme d’autres chanteurs nés à Marseille l’avaient fait quelques années avant lui, notamment des ténors de l’opéra) fait carrière à Paris au début du XXe siècle en s’appropriant la musique populaire marseillaise, le « bel canto », qu’il transforme en variété. Aujourd’hui, la scène musicale marseillaise est faite de sonorités singulières. Peu de groupes de rock à Marseille, les influences tiennent plutôt de musiques métissées : électronique, dub, reggae, hip hop. Les références sont importées (de Jamaïque, par exemple) puis mixées avec des éléments locaux (notamment le provençal). 

Ce rapport passionné aux spectacles est sans doute l'une des clefs pour comprendre l'importance accordée au football, autre spectacle total. C'est là une piste que nous allons creuser dans la suite de cette série de billets en posant l'hypothèse suivante : plutôt que d'opposer culture et sport, réflexe habituel, on peut les associer. Travailler à la construction de ponts pour relier ces deux mondes, culture et stade, voilà un programme déjà adopté par certains musiciens. C'est ce que nous explorerons dans le prochain épisode. 

Aller plus loin :

"Marseille, victime de ses baronnets", une tribune de Jean Viard parue dans Le Monde, le 8 octobre 2012 : http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/10/08/marseille-victime-de-ses-baronnets_1771770_3232.html

Pour une étude complète de la musique marseillaise, voir : M. Gasquet-Cyrus, G. Kosmicki, C. Van den Avenne (dir.), Paroles et musiques à Marseille : les voix d'une ville, Paris, L’Harmattan, 1999.

Voir aussi :

- Pierre Échinard, "Les hauts lieux de la chanson à Marseille", Marseille, n°145, oct., p. 44-55. 

- Ginette Marty, "La revue et la chanson marseillaises", Archives des sonoritéshttp://afas.revues.org/1605

- "La musique à Marseille", Marseille, revue culturelle, n°229, juillet 2010.