Récemment, un internaute a aterri sur ce blog en tapant sur google les mots clés suivants : "idée cadeau pour sociologue". La belle affaire ! Noël est tout proche, et c'est vrai que le sociologue, comme tout à chacun, apprécie les cadeaux. Et il y a fort à parier que ledit sociologue ne sera pas mécontent de découvrir au pied du sapin un livre de sociologie, cadeau en lien certes avec son travail mais aussi, logiquement, avec sa passion. Toutefois, chers lecteurs qui n'êtes nullement sociologue ou qui n'avez aucun sociologue dans votre entourage (Dieu vous en préserve !), sachez que des membres de votre famille, des amis (ou bien vous-même, à l'insu de votre plein gré ?) peuvent apprécier les sciences humaines et sociales, et le sport. Dans ce cas, pourquoi ne pas penser à offrir un livre ? C'est ce que je vous propose de faire, à travers une brève sélection d'ouvrages forcément subjective. Voici quelques idées ici (sont reprises ci-dessous les présentations des ouvrages réalisées par les maisons d'édition). Non, il n'est pas trop tard pour faire vos achats !

la-construction-du-talent-manuel-schotte-9782912107688Première idée d'ouvrage, celui de Manuel Schotté (maître de conférences à l'université de Lille II), récemment paru aux éditions Raisons d'agir. Intitulé La construction du "talent". Sociologie de la domination des coureurs marocains, ce livre est en fait la thèse de M. Schotté, soutenue il y a maintenant quelques années de cela à Paris X (la thèse fut menée sous la direction de Jacques Defrance). Voici la présentation de l'ouvrage en quatrième de couverture : Comment expliquer le succès international incontesté des coureurs kényans, éthiopiens et marocains depuis les années 1980 ? Là où les discours dominants voient l’expression d’un don inné, l’ouvrage démontre que ces performances exceptionnelles ont une genèse sociale. Il se concentre pour cela sur le cas du Maroc qui a fourni, avec des figures de proue comme Saïd Aouita et Hicham El Guerrouj, quantité d’athlètes de valeur mondiale. Contrairement au « génie » artistique, le « talent » athlétique est mesurable. Il est possible, du fait de l’objectivation permanente dont les performances font l’objet, de reconstituer précisément l’évolution des différents coureurs et d’identifier, par comparaison, ce qui détermine le succès : celui-ci ne tient pas à une constitution biologique prétendument supérieure, mais à un ensemble de conditions dont seules des investigations mêlant travail d’archives, analyses quantitatives et observations participantes peuvent rendre compte. En articulant données structurelles et ethnographiques, Manuel Schotté met en évidence que la réussite est fonction d’un ensemble de dimensions qui, bien qu’apparemment extérieures à la carrière sportive, conditionnent son déroulement et son issue. Concevant la course à pied comme un laboratoire relatif à la fabrique du «talent», l’enquête montre que même une capacité apparemment aussi naturelle que celle qui consiste à courir vite est en réalité une construction sociale, contingente mais aux effets bien réels, dont on peut retracer la genèse.

Faire traceDeuxième idée d'ouvrage, celui d'Oumaya Hidri Neys (maître de conférences à... l'université de Lille 2 également), paru chez Artois Presses Université. Intitulé Faire traces... Entretiens avec Christian Pociello, il prend pour "objet" la trajectoire de l'un des personnages importants dans l'histoire de la 74e section universitaire (les STAPS). Que laisse, en effet, un enseignant-chercheur derrière lui lorsqu’il « disparaît » ? On pourrait se poser la question à propos de Christian Pociello, parti à la retraite en août 2007. Quelques souvenirs laissés aux étudiants et collègues qui ont croisé sa route, une bibliographie conséquente, des ouvrages dont certains ont « fait date »... Et petit à petit, l’oubli... Cet ouvrage retrace son parcours biographique. Christian Pociello est à la fois « représentatif » des premiers enseignants-chercheurs en STAPS issus de l’éducation Physique et Sportive (EPS) et « atypique », du fait du caractère a priori improbable de sa trajectoire. Seul un récit de vie le plus complet possible pouvait illustrer ce cas exemplaire : son enfance, son parcours scolaire, ses travaux universitaires, ses recherches et publications, ses fonctions, ses échecs, ses amitiés et inimitiés, ses « coups de cœur » et « coups de gueule » sont ainsi explorés. Autant d’éléments qui permettent de comprendre son itinéraire, son cheminement intellectuel, ses choix. Autant d’éléments qui éclairent la constitution et l’évolution de la filière universitaire STAPS.

La silhouetteTroisième idée d'ouvrage, celui richement illustré de l'historien Georges Vigarello (qui signe la préface du livre d'Oumaya Hidri Neys précédemment exposé), paru au Seuil : La Silhouette. Naissance d'un défi, du XVIIIe siècle à nos jours. « SOS Silhouette » proclame, avec insistance, le titre d’un livre récent. La silhouette et son profil d’emblée visible sont devenus indices de bien-être possible, voire de conformité, autant qu’indices de troubles possibles, voire de danger. L’une et l’autre doivent être l’objet de surveillance intime. Ils doivent s’évaluer, se travailler. L’état de la silhouette est quasiment aujourd’hui une valeur : une présentation spécifique de soi. Ce mot « silhouette » pourtant, apparu dans les années 1760, longtemps cantonné à l’univers des dessinateurs, n’a pas toujours eu l’enjeu qu’il cristallise aujourd’hui. Ses glissements de sens sont nombreux. Ils révèlent la place croissante prise par le regard porté aux allures et aux anatomies. Comme ils révèlent la place croissante prise par les pratiques censées les maîtriser. Cette histoire du thème n’est pas faite. Le mot, les images qu’il suscite, les comportements qu’il réfère, ne sont étudiés ni dans leur itinéraire iconographique ou lexical, ni dans leur itinéraire culturel. Aucun doute pourtant : cette histoire a un sens, une « logique » conduisant à faire de la silhouette, avec notre modernité, l’objet d’un défi inégalé et que ce livre s'attache à dévoiler.

Faire des sciences socialesEnfin, quatrième et dernière idée d'ouvrage, cette fois-ci sans lien immédiat avec le sport, le corps ou l'univers des STAPS. Il s'agit du très (très) beau coffret édité par les éditions de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) intitulé Faire des sciences sociales et décomposé en trois ouvrages : Critiquer, Comparer, Généraliser. État des lieux et examen prospectif, ce coffret reflète la vitalité renouvelée de l’EHESS et de la recherche en sciences sociales. Il montre comment la nouvelle génération de chercheurs fait des sciences sociales, interroge le monde et ses changements. Note de l'éditeur : "(...) Après une période de doutes et d’autocritiques ayant marqué les deux dernières décennies, nos disciplines ont repris de l’assurance, enrichies d’une meilleure compréhension de leurs limites et d’une conscience plus aiguë de leur mission. (...) À l’écart des proclamations épistémologiques aux allures de manifestes, les auteurs ont préféré faire la preuve de la vitalité actuelle de leurs pratiques scientifiques par l’exemple. (...) Chacun des trois volumes porte sur l’une des trois opérations à l’oeuvre dans la démarche propre à la réflexion des chercheurs. Critiquer car la lucidité réflexive est le meilleur remède à l’ingénuité de l’expertise. Comparer car il n’est pas de résultats probants qui s’en tiennent à la singularité d’un cas étudié. Généraliser car au coeur de la démarche scientifique se place la question du passage du cas à la synthèse."

Si rien ne vous tente, il y a toujours mon ouvrage, L'autre public des matchs de football. Sociologie des "supporters à distance" de l'Olympique de Marseille, paru également aux éditions de l'EHESS ! Le lien vers cette valeur sûre (au modeste prix de 26 €) ici : http://www.editions.ehess.fr/ouvrages/ouvrage/lautre-public-des-matchs-de-football/

Bonnes lectures et, surtout, de très joyeuses fêtes de fin d'année à toutes et à tous.