Hier, la revue électronique Lectures a mis en ligne un compte-rendu de mon ouvrage paru aux éditions de l'EHESS en novembre 2010 (bientôt déjà deux ans...). Il a été rédigé par Olivier Le Deuff (que je remercie), maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l'Université de Bordeaux 3 et chercheur au laboratoire Mica (il tient un blog intitulé Le guide des égarés).

Je reproduis ci-dessous le texte intégral de la recension, par ailleurs disponible en suivant ce lien : http://lectures.revues.org/9473

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Ludovic Lestrelin, L'autre public des matchs de football. Sociologie des supporters à distance de l'Olympique de Marseille

Olivier Le Deuff

lestrelin éd EHESS 2010Issu d'une thèse de doctorat soutenue en 2006 à l'Université de Rouen, cet ouvrage du sociologue du sport et maître de conférences à l'Université de Caen Basse-Normandie, Ludovic Lestrelin présente une étude intéressante et fort originale sur l'identité des supporters de football. Il ne s'agit pas de supporters classiques ici puisque les supporters étudiés sont des supporters "à distance", c'est-à-dire des supporters qui ont découvert et appris à aimer un club par le biais de la télévision le plus souvent. Certains n'ont jamais mis les pieds parfois dans la ville de leur club préféré, d'autres s'y rendent parfois en pèlerinage. L'étude s'attache plus particulièrement aux supporters de la région rouennaise mais beaucoup d'autres éléments sont mentionnés.

Ludovic Lestrelin s’est particulièrement concentré sur le cas emblématique des supporters de l’Olympique de Marseille qui essaiment un peu partout sur le territoire français mais également au-delà. Ces supporters sont donc paradoxalement « fiers d’être marseillais », même s’ils ne sont pas natifs de la cité phocéenne. Ce « supportérisme à distance » prend des formes variées qui ne sont pas nécessairement associatives. Toutefois, les associations locales de supporters sont nombreuses et participent à des déplacements réguliers. Surtout, elles participent à l’accueil de leur équipe fétiche lors du match qui se déroule dans leur région et offrent ainsi un soutien visible et appréciable dans certains stades au point que les supporters « marseillais » font parfois plus de bruit dans le stade local que les vrais supporters locaux. Pourtant, le lendemain, supporters locaux et « marseillais de cœur » se retrouveront au lycée ou au travail.

Ludovic Lestrelin tente de retraduire cette construction identitaire et ce besoin d’appartenance à une identité collective plus forte, plus enthousiasmante que les attaches locales. Le fait que l’OM suscite autant de soutiens s’explique par le partage de valeurs, mais aussi et surtout par l’envie de partager des succès. Le déclic commun renvoie à une sorte d’âge d’or du club qui est celui de la période de Bernard Tapie avec notamment la victoire en coupe d’Europe des clubs champions en 1993. Beaucoup de supporters font d’ailleurs part d’événements marquants qui ont participé à leur investissement affectif et matériel à leur club de cœur. L’attachement au club va au-delà du football, tant il s’agit aussi pour beaucoup de supporters de nouer des amitiés marseillaises mais également d’adopter parfois une « culture marseillaise ». Outre l’affichage de symboles sur les voitures et le port du maillot, c’est aussi la consommation du pastis parmi d’autres symboles de la culture marseillaise qui est prisée. Ce qui revient aussi nettement, c’est ce désir du partage et du vivre ensemble qui se manifeste durant les matchs que ce soit devant la télévision ou dans le stade. Cet engouement extraterritorial est un élément que les plus grands clubs gèrent depuis longtemps car il représente une manne financière opportune. Mais c’est aussi un moyen de pouvoir partager une identité commune avec des personnes fortement éloignées en distance.

Cet ouvrage ouvre des perspectives intéressantes sur cette identité à distance qui se retrouve désormais un peu partout sur la planète. Dans biens de cas, ce supportérisme est la marque de diasporas et le club de foot est une façon d’emporter un peu de son Heimat dans son nouveau pays. Mais ces nouvelles appartenances sont aussi la manifestation d’un rêve ou d’idéaux extérieurs à son pays comme en témoignent ses innombrables supporters de club de football de Premier league qui deviennent de plus en plus nombreux en Asie. À noter que parfois dans ces pays, les supporters sont davantage des supportrices. Le club de football devient alors davantage une échappatoire et la manifestation identitaire d’un nouvel idéal.

Il serait sans doute opportun de poursuivre une telle étude en prenant en compte le rôle du numérique et notamment les forums de supporters et les réseaux sociaux qui renforcent cette identité extraterritoriale. Ce travail quelque peu pionnier devrait ouvrir de nouvelles perspectives avec une prise en compte de l’influence médiatique sur ces nouvelles constructions identitaires. On attend donc désormais d’autres travaux de recherche en ce sens.

Référence électronique

Olivier Le Deuff, « Ludovic Lestrelin, L'autre public des matchs de football. Sociologie des supporters à distance de l'Olympique de Marseille », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2012, mis en ligne le 10 octobre 2012. URL : http://lectures.revues.org/9473