Le football français, entre tradition et modernité... Voilà le titre de la petite tribune écrite pour le n°72 de Profession football, le magazine de l'Union des clubs professionnels de football, à la page 10. Consacré intégralement aux premières rencontres du foot pro qui se sont tenues au Stade de France le mois dernier, le numéro complet au format PDF est disponible ici : UCPF. On y trouvera les contributions de deux autres universitaires : Boris Helleu et Nicolas Scelles. Pour rappel, 4 ateliers thématiques ont structuré cette journée d'échanges : clubs et compétitivité sportive (pourquoi ne gagne-t-on pas la ligue des champions ?), clubs et compétitivité économique (quels leviers de croissance pour le football ?), clubs et médias (mutation des médias : le football va-t-il évoluer ?) et clubs et pouvoirs publics (quelle-s politique-s pour le football professionnel ?). C'est à ce dernier atelier que j'ai assisté et c'est sur les débats qui s'y sont tenus que j'ai été amené à livrer mon point de vue.


UCPF N72_web3d2"Les 1ères rencontres UCPF du foot pro sont assurément une initiative qu’il convient de saluer car elles reposent sur l’organisation d’échanges qui débordent largement la sphère des dirigeants du football professionnel. Elus et représentants des pouvoirs publics, acteurs du monde économique, médias, universitaires… le monde du football a ouvert le dialogue avec son environnement extérieur, une manière de dire qu’il n’est pas hors de la société.


Les relations entre les clubs et les collectivités locales composaient justement le thème de l’atelier auquel j’ai participé. Parmi les sujets abordés, la question des stades fut posée. Si ces derniers sont vus comme des outils de développement économique au service de la puissance sportive des clubs, la construction (ou la rénovation) de ces équipements ne peut se passer d’une réflexion sur les usages et les caractéristiques (identitaires, relationnelles, historiques) qui fondent le sens de tout espace. Que veut-on faire des stades et, en creux, quelle place accorder au public ? A ce titre, raisonner seulement en termes de clientèle paraît réducteur. Il est bien sûr fondamental de se préoccuper de l’accueil et de la hausse du niveau de confort, souci qui témoigne de la considération faite aux spectateurs. Au tournant des années 1990, l’Angleterre en a même fait un axe central de sa politique de lutte contre le hooliganisme.


Mais les clubs sont plus que des entreprises de spectacle et des prestataires de service. Ancrés depuis des décennies sur un territoire, ils incarnent une communauté, son histoire, son imaginaire. Bref, ils ont un sens social, élément fondamental de leur popularité. Travailler avec les supporters, œuvrer à l’appropriation des stades par les passionnés, valoriser leur très riche histoire (qui ne se résume pas à l’exposition de trophées et à une narration sur un mode épique), montrer leur profond enracinement dans la société locale sont loin de signifier le repli sur le passé mais composent au contraire autant d’axes de développement. Un club n’est jamais aussi fort et attractif, bien au-delà de son environnement proche, que lorsqu’il exprime une identité territoriale affirmée. Dit autrement, la tradition ne s’oppose pas à la modernité, elle en est la clef de voûte".

Ludovic Lestrelin