Ouvrage_BeaudAujourd'hui jeudi 24 mars paraît en librairie l'ouvrage de Stéphane Beaud (avec Philippe Guimard), intitulé Traîtres à la nation ? Un autre regard sur la grève des Bleus en Afrique du Sud, aux éditions La Découverte. Une première chronique sur ce livre de sociologie a été publiée ici sur ce blog.

L'un des intérêts de l'ouvrage apparaît dès son titre : le mot grève y est présent. Car la "fronde" des joueurs de l'équipe de France est bel et bien une grève, même si celle-ci n'a duré que quelques heures (une attitude très largement jugée puérile au moment des faits en juin 2010). Petit rappel en vidéo ici et .

C'est donc cette entrée par la grève qui est privilégiée par l'auteur (première partie). Le premier chapitre de l'ouvrage est d'ailleurs intitulé : "La grève : une protestation collective contre la presse". De fait, cela permet de rappeler que la pratique sportive est, pour ces joueurs, une profession à part entière. On peut donc lire l'univers du sport professionnel par la sociologie des professions et la sociologie du travail. Coïncidence avec l'actualité, les joueurs de Gueugnon (une équipe évoluant en National, le 3 échelon du football français) viennent de décider de se mettre en grève pour protester contre les retards dans le versement de leurs salaires. Dernier au classement, le club est par ailleurs dans une situation financière délicate. Le président du FC Gueugnon et ancien joueur pro, Tony Vairelles, déclare son incompréhension. Voir l'article paru mercredi 23 mars 2011 sur l'Equipe.fr ici. Sans surprise, on peut aussi lire dans la partie commentaires quelques réactions indignées ou ironiques.

Les_enrag_s_du_footballDans un petit livre intéressant, François-René Simon, Alain Leiblang et Faouzi Mahjoub, tous trois journalistes, ont rappelé une page relativement méconnue de l'histoire des Bleus : leur participation aux événements de Mai 68 (Daniel Cohn-Bendit signe à ce titre la préface de l'ouvrage). Le 22 mai 68 au petit matin, un groupe de footballeurs révoltés décide, en effet, d'investir les locaux de la Fédération française de football. Cette occupation qui ne durera que quelques jours a pour devise de rendre "le football aux footballeurs".

sportifs_en_dangerCes quelques exemples tirés du cas du football font également écho au travail mené par Sébastien Fleuriel et Manuel Schotté (sur d'autres sports) dans un livre paru en 2008 aux éditions du Croquant. Titre : Sportifs en danger. La condition des travailleurs sportifs (présentation de l'ouvrage ici, recension sur Liens Socio). A rebours des images admises, ils y mettent en évidence que derrière les quelques héros célèbres (footballeurs, tennismen, golfeurs, pilotes de formule 1) amassant des fortunes, de nombreux sportifs de haut (et très haut) niveau vivent plutôt dans une certaine précarité professionnelle. C'est même l'insécurité permanente qui caractérise ces individus et cela tient notamment au refus (de la part notamment des instances sportives) de les reconnaître comme des travailleurs à part entière. Pris entre deux injonctions contradictoires (désintéressés, purs passionnés de sport / se penser comme des professionnels), dans une tension entre paternalisme (dirigeants sportifs) et ultralibéralisme (promoteurs de spectacles sportifs), une telle situation les pousse à développer des stratégies individuelles pour pallier aux risques et incertitudes de toute carrière sportive. Pensé, à l'image du livre de Stéphane Beaud, comme un ouvrage d'intervention sociologique, il permet d'envisager des formes collectives de protection des sportifs.

* PS : le titre de ce billet fait référence à l'ouvrage de Pierre-Michel Menger, Portrait de l'artiste en travailleur. Métamorphoses du capitalisme, Paris, Seuil, 2002. Voir ici. Il renvoie aussi au titre ("Portrait de l'athlète en travailleur") d'une recension de l'ouvrage de Fleuriel et Schotté faite par Xavier Molénat pour le magazine Sciences Humaines, ici.