Je reproduis, ci-dessous, deux articles qui prennent pour objet une "affaire" mettant aux prises le groupe de supporters messins La Horda Frenetik 1997, le FC Metz et la justice. Le premier est paru tout récemment, dans le dernier numéro des Inrockuptibles (l'article est aussi disponible sur leur site Internet), le second avait été publié dès le mois de novembre (les faits remontent au 22 octobre) sur le blog de Nicolas Kssis-Martov, journaliste pour So Foot et fin connaisseur des milieux supporters. Illustration paradigmatique de la méconnaissance de l'univers des tribunes et des amalgames pratiqués qui caractérisent la politique actuelle de gestion des supporters en France...

Le communiqué de presse de la Horda en date du 26 octobre 2010 (puis le communiqué de presse du club) : ici.

logo_lesinrocks_239x72Imbroglio autour d'une croix gammée dans les tribunes du FC Metz

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Quatre membres d’un club de supporters antifascistes du Football Club de Metz vont être jugés pour avoir exhibé une croix gammée. Récit d’un quiproquo qui tourne en eau de boudin grenat.

Ça ressemble a une mauvaise blague, voire un cauchemar. Vendredi 22 octobre dernier, à la fin du match opposant en Ligue 2 le Football Club de Metz à Angers, la BAC interpelle quatre supporters de la Horda Frénétik 1997 (groupe de supporters du FC Metz bien connu - du club et de l'ensemble du monde du football - pour ses prises de positions antiracistes et antifascistes).

La police locale leur reproche d'avoir "introduit, porté ou exhibé dans une enceinte sportive des insignes, signes ou symboles rappelant une idéologie raciste ou xénophobe, en l'espèce une croix gammée". Il s'agit en effet d'une croix gammée, mais celle-ci est placée sur un drapeau sur lequel est écrit en allemand "Gegen nazis" ; littéralement : "Contre les nazis".

Les policiers ont oublié leurs cours d'allemand

Depuis plusieurs années, la Horda Frénétik est proche d'un autre groupe de supporters antifascistes d'un club voisin d'outre-Rhin, le 1.FC Kaiserslautern. Le drapeau vient de là. 

"C'est justement ce club de supporters de Kaiserslautern - appelé Generation Luzifer 1998 - qui nous avait confié ce drapeau il y a quelque temps. Ce n'était pas la première fois que nous l'introduisions dans le stade", explique Maxime, 27 ans, l'un des membres de la Horda.

En Allemagne, "Gegen Nazis" est une action de grande envergure menée par les clubs de supporters antifascistes. Mais les policiers messins ont oublié leurs cours d'allemand, et les quatre personnes interpellées sont immédiatement placées en garde à vue, pendant seize heures. Après leur libération, la Horda apprend avec stupéfaction que le chef de la sécurité du club Jacky Ancel a déposé plainte contre les quatre - qui sont depuis interdits de stade et doivent pointer une fois par semaine au commissariat.

"Un rapprochement a été fait entre le mot Gegen et le nom d'un autre groupe de supporters du FC Metz, Génération Grenat, dont l'abréviation est GG. La plainte déposée nous accuse d'avoir plié le drapeau afin de ne laisser apparaître que les deux G", explique, consterné, Maxime.

Le président du FC Metz retire la plainte, mais cela ne suffit pas

Une réunion de conciliation est alors demandée au FC Metz, qui reconnaît le travail d'apaisement réalisé par la Horda depuis plusieurs années - dans un club où les dérapages sont pourtant fréquents.

Au bout de quelques jours, se rendant compte du grotesque de la situation, le président du FC Metz, Bernard Serin (successeur de l'illustre Carlo Molinari), décide de déjuger son chef de la sécurité et de retirer la plainte. Mais cela n'arrête pas pour autant la procédure engagée par le ministère public. Les quatre de la Horda seront bel et bien jugés, le 27 janvier à Metz. Ils risquent cinq ans d'interdiction de stade, de lourdes amendes et des peines de prison avec sursis (le tribunal jugeant le principe de l'introduction d'un symbole représentant l'idéologie nazie dans une enceinte de football).

Maxime : "Notre crainte, c'est qu'ils soient jugés comme de vulgaires hooligans, alors que la situation est bien plus complexe que cela." Les membres de la Horda espèrent néanmoins que la justice saura mettre un terme à ce terrible imbroglio.

Pierre Siankowski

 


Gegen Nazis, für FC Metz !

2 novembre 2010 Gegen Nazis, für FC Metz !

Le FC Metz et ses supporters : Gegen Nazis, für FC Metz !

Les événements qui se sont déroulés à Saint-Symphorien vendredi dernier devraient conforter ceux qui, dans les tribunes, ne croient guère en la volonté de concertation des présidents de club ni des forces de police avec les associations de supporters, aussi bien intentionnées soient-elles. Pour résumer l’affaire, quatre membre de la Horda Frenetik, groupe plutôt réputé, voire détesté pour cela, dans le monde ultra pour ses engagements, et ses bâches, antiracistes et antifascistes, ont été arrêté, l’un d’entre eux frappé par les policiers à en croire ses compagnons, pour avoir « introduit, porté ou exhibé(…) insignes, signes ou symboles rappelant une idéologie  raciste ou xénophobe en l’espèce une croix gammée dans une enceinte sportive ». De fait il s’agissait d’un drapeau représentant un poing brisant une svastika et avec l’inscription « gegen nazis » (traduction « contre les Nazis »). Personne n’avait apparemment choisi allemand première langue parmi les membres des forces de l’ordre ni de la sécurité du stade !

Le club n’a ensuite rien trouvé de mieux que de porter plainte. Plainte qu’il a retiré depuis en chargeant les policiers et en expliquant qu’il n’avait seulement suivi les recommandations de la LNF en la matière, mais que « toutefois, après étude du dossier, considérant à la fois la fragilité des charges soulevées à l’encontre des individus interpellés et les valeurs fondamentales du groupe Horda Frénétik 1997 qui tend à lutter contre le racisme depuis sa création, les dirigeants du Football Club de Metz ont logiquement décidé de retirer cette plainte. ».

Du coté de la Horda, l’ensemble des membres reste sous le choc de ce délire à kafkaïen digne d’un sketch des Monty Phyton. « Il s’agissait d’un match à domicile, avec des policiers qui nous connaissent, tout comme les responsables du club d’ailleurs. Le FC Metz peut retirer sa plainte, la procédure continue et ces quatre membres de notre groupe sont interdits de stades jusqu’au procès. On voudrait dissuader les gens de lutter contre le racisme, on ne s’y prendrait pas autrement. Et cela en pleine semaine du FARE (Football against racisme in Europe).… »

Un sujet de plus qu’on a oublié de traiter durant les états généraux du football ?

Nicolas Kssis-Martov