Noël approche à grands pas et vous ne savez pas quoi offrir ? Voici quelques ouvrages parus ces derniers mois ou semaines qui méritent un coup de projecteur.

empire_des_sportsD'abord un ouvrage intitulé L'empire des sports. Une histoire de la mondialisation culturelle dirigé par Pierre Singaravelou et Julien Sorez aux éditions Belin. Le premier auteur est maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne et chercheur à l'IRICE (CNRS/Paris 1/Paris 4). Le second est agrégé d'histoire, chercheur associé au Centre d'histoire de Science Po (dirigé par Jean-François Sirinelli et au sein duquel un groupe de recherche animé par Patrick Clastres et Paul Dietschy travaille sur l'objet sport) et membre du CRIS, le laboratoire de l'Ufr Staps de l'université de Lyon 1. Nul doute que le sport se pose aujourd'hui comme l'un des phénomènes planétaires par excellence, symbole (souvent utilisé dans la presse, par certains commentateurs) de la mondialisation culturelle. Mais comment se sont diffusées les disciplines sportives modernes au cours du XIXe siècle et au début du XXe siècle ? S'inscrivant dans les études menées autour du fait colonial, cet ouvrage collectif aborde ainsi la circulation, l'implantation et la réception de diverses pratiques sportives : football, cricket, judo, basket, automobile, etc. Rompant avec une vision verticale (des puissances coloniales européennes qui imposeraient, "d'en haut", des pratiques culturelles aux pays dominés), les auteurs mettent en avant le rôle de certains "passeurs" (enseignants, militaires, missionnaires, commerçants...) et tout le travail d'acculturation-assimilation fait de rejet, de résistances, d'instrumentalisation, d'adaptation... Le livre fait ainsi écho à celui publié par Sébastien Darbon en 2008 (Diffusion des sports et impérialisme anglo-saxon aux éditions de la Maison des sciences de l'homme), dont j'avais fait ici la chronique. Plus d'informations sur cet ouvrage sur le site de Belin. Lire aussi les chroniques d'Igor Martinache pour le magazine Alternatives économiques, de Sébastien Fleuriel pour le site Liens Socio et de Cyril Froidure sur les Clionautes.

sorignet_danserEnsuite, l'ouvrage de Pierre-Emmanuel Sorignet, maître de conférences à l'Ufr Staps de Toulouse III et membre du laboratoire SOI (Sports, Organisations, Identités), paru cet été aux éditions La Découverte et intitulé Danser. Enquête dans les coulisses d'une vocation (un livre qui n'est autre que sa thèse - remaniée - soutenue à l'EHESS en 2001). Sociologie de l'art, sociologie du travail, sociologie des carrières... mais aussi sociologie de la vocation (sur ce thème, voir l'ouvrage fondateur de Charles Suaud, paru aux éditions de Minuit en 1978), l'auteur, sociologue-danseur, a mené une longue enquête ethnographique de plusieurs années qui nous offre ainsi une plongée fouillée et vivante au coeur des trajectoires sociales des danseurs. Ce travail vient alimenter les recherches menées autour des carrières des sportifs de haut niveau, de "l'excellence sportive", des "vocations sportives" (pour les travaux les plus récents, cf. Carine Erard, Manuel Schotté et Lucie Forté sur les athlètes, Julien Bertrand sur les footballeurs, Vérène Chevalier et Fanny le Mancq sur les cavaliers, Bruno Papin sur les gymnastes, Loïc Wacquant sur les boxeurs...). Plus d'informations sur cet ouvrage sur le site des éditions La Découverte. Lire aussi la recension très complète parue dans la revue Sociologie écrite par Mathieu Trachman. Pierre-Emmanuel Sorignet a également été l'invité de plusieurs émissions radiophoniques : A plus d'un titre sur France Culture, Café découvertes sur Europe 1.

raspaudSignalons encore l'ouvrage de Michel Raspaud (professeur à l'Ufr Staps de Grenoble) paru, lui aussi, cet été aux éditions Michel Chandeigne, intitulé sobrement Histoire du football au Brésil. A chaque coupe du monde de football, le Brésil, proclamé "nation du football", est bien souvent le grandissime favori. On ne compte plus par ailleurs les commentaires sur "l'extraordinaire" engouement des Brésiliens pour ce sport, pour lesquels chaque défaite de l'équipe nationale est vécue comme une "tragédie" (les défaites en finale de coupe du monde provoquent fréquemment des tentatives de suicide).  Le pays a par ailleurs enfanté bon nombre de vedettes mondiales et légendaires (Pelé, Ronaldo, Rolandinho, Garrincha, Zico. etc.) et produit encore régulièrement de bons footballeurs qui s'exportent aisément en Europe. "Mais que sait-on réellement de ce football qui rythme la vie brésilienne et marque tant la société ?", proclame la quatrième de couverture... S'appuyant sur des sources diverses de seconde main (presse, ouvrages, articles parus en langue portugaise), l'auteur se propose de répondre à cette interrogation. Pour de plus amples renseignements, lire la chronique écrite par Sébastien Fleuriel sur le site de Liens Socio. Il est aussi possible d'écouter Michel Raspaud lors d'une interview radiophonique de juillet 2010 sur le site de France info.

fontaineLast but not least, il me faut signaler l'ouvrage de Marion Fontaine, historienne, maître de conférences d'histoire contemporaine à l'université d'Avignon, chercheuse au Centre Norbert Elias (EHESS), intitulé Le Racing club de Lens et les "Gueules Noires". Essai d'histoire sociale, paru tout récemment aux éditions Les Indes Savantes. Ce livre est en fait tiré de la thèse de Marion Fontaine, soutenue avec succès à l'EHESS en décembre 2006 sous la direction de Christophe Prochasson, historien renommé et directeur scientifique des éditions de l'EHESS (il signe par ailleurs la préface de l'ouvrage). L'objet de ce livre est d'analyser les liens tissés entre un club de football (le RC Lens donc), la ville (Lens, la capitale du Pays Noir) et un groupe social, en particulier les "Gueules Noires", l'expression désignant les mineurs de charbon. En effet, pour quelles raisons et selon quel processus un club sportif devient-il le symbole d'une communauté ? Pour répondre à cette question, l'analyse englobe 22 années de l'histoire du club : de son accession au statut professionnel, sous l'égide de la compagnie des Mines de Lens, en 1934, à son cinquantième anniversaire, en 1956, célébré en grande pompe par toutes les composantes de "Lens les Mines". A travers le prisme du football, l'auteure éclaire tout un pan de l'histoire sociale d'un territoire et d'une communauté. Sont ainsi scrutés les tissus associatif, politique, syndical, ouvrier, la vie municipale, culturelle... Ainsi le football est-il une porte d'entrée pertinente pour produire une réflexion bien plus large sur la façon dont se dont et se défont, au XXe siècle, les mondes ouvriers nés de la civilisation du charbon. Et l'étude appelle, pour finir, à clarifier les raisons pour lesquelles le football a pris, durant les dernières décennies, une place croissante dans la vie des sociétés contemporaines.

Bonne lecture et Joyeux Noël !