La_vie_des_id_es"L'Empire du foot". C'est le titre d'un très joli dossier consacré au football donc (et au sport, plus largement) sur l'excellent site Internet de La Vie des Idées. S'inscrivant bien évidemment dans l'actualité de la Coupe du monde en Afrique du Sud, La Vie des Idées propose toute une série d'articles destinés à mieux comprendre les raisons de l'engouement planétaire pour le football et les enjeux associés à ce sport qui a pris, aujourd'hui, une dimension (trop ?) importante dans nos sociétés : enjeux économiques et politiques, évolution tout au long du XXe siècle du rapport au spectacle du football, violences et radicalité des supporters, sens du sport, formation et carrières des joueurs professionnels, etc.

Trois articles sont déja parus :
- Dans un passionnant premier article, Marion Fontaine, historienne, docteure de l'EHESS et récemment recrutée en tant que maître de conférences à l'Université d'Avignon, revient sur les évolutions du spectacle sportif à travers le cas du football ;
- Igor Martinache, agrégé de sciences économiques et sociales, Ater au Ceraps de l'Université de Lille II-CNRS, fait ensuite le point sur les différents travaux de sciences sociales ayant pris pour objet le football ;
- Dans un long entretien, Isabelle Queval, philosophe, maître de conférences à l'université Paris Descartes, s'interroge sur le sens du sport et montre combien, tout en incarnant un certain nombre d'idéaux, celui-ci est traversé par de multiples problèmes.

Trois autres articles paraîtront d'ici la fin de la compétition :
- un article de Nicolas Hourcade, agrégé de sciences économiques et sociales et professeur à l'école centrale de Lyon, abordera la question des supporters. Passion mais aussi radicalité et violence... comment saisir sereinement cette réalité ?
- Julien Bertrand, sociologue, évoquera l'intéressante question de la formation des joueurs professionnels de football et questionnera sans aucun doute la notion de vocation sportive.
- enfin, un article sera consacré à des recensions d'ouvrages (Pap Ndiaye et Patrick Clastres en seront les auteurs).

logo_franceinterCe dossier vient pertinemment compléter d'autres émissions ou articles consacrés au football. On écoutera, en particulier, l'émission du dimanche 6 juin 2010 du magazine Interception de France Inter qui évoquait le football africain ("Football africain : de l'or dans les jambes") : ici. Télécharger l'émission, ici :  INTERCEPTION20100606

Rédigé par Raffaele Poli, géographe à l'université de Lausanne en Suisse, un article paru dans Le Monde du 11 juin 2010 évoquait le marché mondial des footballeurs :


lemonde_fr_grdL'Afrique et le marché mondial des footballeurs

Dans une économie de plus en plus mondialisée, la place de l'Afrique est relativement marginale. Sur le plan sportif, par contre, le continent africain reste très concurrentiel. Les Africains représentent environ 15% des footballeurs expatriés en Europe et sont aussi très présents dans de nombreux pays asiatiques.

Grâce à ses joueurs expatriés, l'Afrique se donne à voir mondialement. L'importance symbolique des footballeurs pour stimuler la fierté nationale de leurs pays d'origine n'est plus à démontrer. La prochaine Coupe du Monde ne faillira sans doute pas à la règle. Malgré ses aspects positifs, l'intégration de l'Afrique au système-monde par le football pose aussi un certain nombre de problèmes. Ceux-ci sont notamment liés à la spéculation marchande sur des joueurs dès leur plus jeune âge. Ces dérives reflètent le fonctionnement général du marché des footballeurs, dans le cadre duquel des clubs et de nombreux intermédiaires parient sur des hommes comme l'on parie à la bourse sur le cours des actions.

Le "bon" fonctionnement du marché des transferts entre l'Afrique et l'Europe repose sur une multitude d'acteurs d'un côté comme de l'autre de la Méditerranée : agents de joueurs, certes, mais aussi dirigeants de clubs, entraîneurs, parenté de joueurs, responsables de fédérations, autorités politiques, etc. Chaque acteur a sa part de responsabilité dans la spéculation exercée sur les footballeurs africains et dans l'exploitation de leur vulnérabilité, surtout à l'aube de leur carrière. La logique sous-jacente aux migrations internationales des footballeurs est d'ordre éminemment commerciale.

Elle consiste dans la volonté d'accroître la valeur des joueurs "dans le mouvement", à travers leur circulation. Celle-ci est plus en plus fragmentée spatialement, impliquant des haltes par des pays de transit censés jouer le rôle de tremplin pour accéder aux marchés les plus rémunérateurs.

Si les joueurs africains sont l'objet d'une aussi forte spéculation, s'ils sont des proies faciles pour les intermédiaires à la base de leur mobilité et pour les clubs qui les engagent, c'est surtout à cause de l'absence d'alternatives et de possibilités de développement sur place. Une intervention directe dans les pays de départ des footballeurs est donc indispensable. Plutôt que de se concentrer uniquement sur les sélections nationales, il est plus que jamais nécessaire que les élites locales œuvrent pour développer le football à la base, au profit des plus jeunes.

Dans cette perspective, il est urgent de concevoir de nouvelles formes de partenariats ayant comme objectif premier non pas le transfert de joueurs en Europe, mais la structuration du football en Afrique même, notamment à travers l'aide à la mise en place d'infrastructures, à l'organisation de championnats juniors et à la formation locale de dirigeants, d'arbitres et d'entraîneurs qualifiés.

Plus désintéressée que les clubs et les agents, la société civile est appelée à apporter sa contribution, tout comme les grandes instances du football mondial et européen. Le seul moyen de lutter efficacement et durablement contre les dérives les plus extrêmes liées à la marchandisation de l'homme dans le football professionnel est de réduire les inégalités économiques entre clubs et championnats. La réalisation de cet objectif passe par le renforcement des mécanismes de redistribution de l'argent généré par l'industrie du football. Au départ conçu à cet effet, le système des transferts nécessite d'être sans cesse tenu à jour pour qu'il continue à remplir au mieux ce rôle, tout en protégeant les acteurs les plus vulnérables comme les jeunes joueurs africains. Grâce à la Coupe du Monde de la FIFA 2010, tous les projecteurs sont braqués sur le football africain. L'occasion d'entamer d'indispensables réformes, afin que les jeunes talents aient d'autres options que l'exil.


logoSur le même thème ("Le commerce international des joueurs") et avec le même chercheur, (Raffaele Poli donc) l'émission Planète Terre, sur France Culture, le16 juin 2010 fut fort intéressante. Elle est en écoute, ici.

Couverture_PoliRappelons que Raffaele Poli est l'auteur d'un ouvrage intitulé Le marché des footballeurs. Réseaux et circuits dans l'économie mondiale, paru chez Peter Lang Bern en 2010.


Vous trouverez de plus amples renseignements sur cet ouvrage dans les deux fichiers Pdf, ici
: Ouvrage_Poli ; Table_des_mati_res_ouvrage_Poli

Bonne lecture !