847628_suprasHier jeudi 22 avril, trois associations de supporters de la tribune Auteuil du PSG, les Supras, les Authentiks et la Grinta, ont organisé une conférence de presse dans le 9e arrondissement parisien. Restées silencieuses depuis le 28 février et les affrontements entre supporters parisiens issus des virages Boulogne et Auteuil ayant conduit au décès de Yann Lorence en marge de la rencontre opposant le PSG à l'OM, ces trois organisations sont aujourd'hui dans la tourmente et ont donc fait le choix de prendre la parole publiquement.
Un message posté sur ce blog a déjà fait état des incidents et des réactions qui ont suivi. La vidéo suivante (dans le lien ci-dessous) expose une partie des faits qui se sont produits ce soir-là (on y voit d'abord la charge de Boulogne aux entrées du virage Auteuil puis la contre-charge des supporters d'Auteuil) :

http://www.dailymotion.com/video/xd1mdw_football365-la-charge-de-boulogne-v_sport

Ces trois associations sont "dans la tourmente", comme je l'ai écrit ci-dessus, car elles sont menacées de dissolution, conformément à ce que permet la loi du 5 juillet 2006 relative à la prévention des violences lors des manifestations sportives qui prévoit la dissolution par décret de groupes dont les membres ont commis en réunion lors ou en marge d'une manifestation sportive "des actes répétés constitutufs de violence contre des personnes ou des biens, ou d'incitation à la haine ou à la discrimination contre des personnes en raison de leur origine, de leur sexe ou de leur appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée".

Au-delà du énième épisode relatif à la violence qui entoure le club parisien, ce qui est intéressant ici est la capacité des supporters à s'organiser collectivement, à défendre une cause et des droits, chose que l'on soupçonne rarement puisque ce sont les mots émotions, passions irrationalité... qui prédominent bien souvent dans les représentations collectives lorsqu'il s'agit de supporters (surtout de football !). Aussi voyons-nous une nouvelle fois tout l'intérêt de rapprocher la "partisanerie sportive" de la "partisanerie politique" pour éclairer le supportérisme : militantisme et engagement supportériste forment certes des registres divers, mais selon nous comparables de l'action collective. Portant sur des objets distincts, ils constituent les volets différents d'une activité dont un même cadre conceptuel peut rendre compte.  Autre dimension ici fondamentale : la judiciarisation du supportérisme, soit l'importance grandissante prise par le droit et la justice dans les rapports qui lient associations de supporters, dirigeants de clubs ou de la LFP et pouvoirs publics...

Voici trois articles (parus sur les sites Internet de So Foot, Libération et Le Monde) qui relatent cette conférence de presse et les enjeux associés.


Auteuil entre en résistance ?So_foot

23 avril 2010, par Nicolas Martov

Les associations de supporters de la Tribune Auteuil & G menacées de dissolution -Supras , Grinta et Authentiks- ont donné une conférence de presse hier à Paris. Ambiance de meeting politique, gravité sur les visages, et lieu donné au dernier moment. Mais ils avaient promis du lourd et les journalistes, venus plutôt en nombre, ne sont pas repartis les mains vides. En prime une vidéo « jamais diffusée » sur les affrontements du PSG-OM montrant en détails et à visages découverts les indeps de Boulogne en pleine action.

Toutefois le fond de l’affaire est ailleurs. Une trentaine de plaintes (pour racisme et/ou violences) vont être déposées, nominatives ou contre X, suite aux récents événements autour du Parc ou en déplacement. Christophe Uldry, président des Supras, parle de rupture dans la culture ultra, ou l’on « avait l’habitude de prendre des gifles sans recourir à la justice et de régler cela entre nous ». L’annonce de cette démarche, comme la volonté de travailler avec SOS Racisme pour en finir avec « l’omerta » du racisme au PSG, ont largement éclipsé le versant juridique des procédures de dissolution. Les avocats présents ont rapidement dénoncé le vide des dossiers à charge (qui ne concerne d’ailleurs quasiment pas la mort de Yann Lorence, que tous les représentants d’Auteuil ont regretté à plusieurs reprises) et ils ont laissé entendre que l’on s’acheminait sûrement, afin de ne pas faire perdre la face au gouvernement, vers une suspension. Les présidents des associations semblaient davantage résignés.

L’autre gros sujet abordé concernait - sans surprise - les rapports avec le club. Les propos du Robin Leproux renvoyant dos à dos les deux tribunes et accusant Auteuil de manquer de « mixité », bref d’être fermé aux blancs, ne sont toujours pas passés. De ce point de vue, la blessure semble profonde et il faudra des gestes forts pour que la direction parvienne à se rapprocher de nouveau de cette frange « passionnée » de son public. Le département supporters justement, présenté comme proche ou favorable au Kop Of Boulogne - notamment parce que la plupart en sont issus - cristallise en grande partie ce manque total de confiance dans le club. Enfin, la passivité des forces de l’ordre (CRS immobiles le 28 février, etc...) fut régulièrement soulignée. Un peu sur le mode « que le RG arrête de faire du renseignement pour le renseignement ». La vieille accusation imputant à la police de se satisfaire de voir l’extrême droite radicale s’entasser dans le KOB et y tourner en rond autour du parc, fut de nouveau avancée. Avec les abonnés lambdas en dégâts collatéraux ?

Restée la question de la finale de la Coupe de France, par ailleurs le dernier espoir sportif du PSG cette saison. Les associations qui seront peut-être d’ici là dissoutes par décret ont décidé d’y assister, voire d’organiser une marche contre le racisme et la violence dans la journée, aussi en partie pour se protéger. De quoi donner des soucis au nouveau préfet star du 9-3, pourtant vieil habitué des problèmes de supporters. Sur fond de défense du mouvement associatif ultra (dont il fut rappelé que sa disparition arrange bien le club, en supprimant une importante force d’opposition « interne » - sur les maillots, les prix des abonnements, …, agissant un peu à l’instar d’un « syndicat ») et de volonté de redonner au PSG une image correspondant mieux à Paris et à sa banlieue, ces déclarations n’augurent certainement pas une accalmie sur le terrain, surtout vis-à-vis du KOB. Les présidents des associations parlent d’ailleurs d’une « prise de risques » personnelle et collective, mais nécessaire.


Le_mondeMenacés de dissolution, des groupes de supporteurs du PSG se défendent

Leurs avocats ont démonté la procédure de dissolution qui vise leurs associations, celle-ci étant, selon François Gilbert, l'avocat des Authentiks, entachée d'"erreurs dans les faits reprochés". Certains actes violents, comme ceux de Bordeaux en décembre, se seraient ainsi déroulés en l'absence des groupes visés. "Le gouvernement a pris sa décision pour des raisons politiques sans examiner les motifs juridiques", a-t-il encore estimé. Pour son collègue Frédéric Rolin, une simple"suspension inférieure à un an serait une bonne porte de sortie" pour ne pas"désavouer le gouvernement", qui cherche à sanctionner les trois associations depuis la mort d'un supporteur consécutivement aux violents affrontements avec les rivaux du virage Boulogne le 28 février.

En cas de dissolution, les groupes devraient engager des recours juridiques auprès du Conseil d'Etat. Les associations, qui constituent avec SOS-Racisme une trentaine de plaintes contre les actes et propos violents ou racistes dont ont été victimes des membres de leurs groupes, se rendront cependant au Stade de France le 1er mai en finale de Coupe pour continuer de revendiquer et "aussi supporter l'équipe".

"COUPER UNE BRANCHE DU PSG"

Comme prévu, Supras et Authentiks ont diffusé une vidéo prise le 28 février sur laquelle on voit clairement des membres de Boulogne venir attaquer Auteuil sans que les forces de l'ordre présentes interviennent. Les groupes d'Auteuil, qui ont remis des clés USB aux médias présents avec les différents documents collectés, ne se sont d'ailleurs pas contentés de se défendre, n'hésitant pas à attaquer les autorités et les relations embarrassantes du club avec les groupes de la tribune Boulogne.

"Ce serait intéressant de poser à la préfecture la question de l'absence de la police", a ainsi estimé le porte-parole de Supras, expliquant, photo légendée à l'appui, qu'il n'y avait pas de barrage empêchant Boulogne d'accéder à Auteuil. "S'ils viennent à visage découvert, c'est qu'ils savent qu'ils ont encore un bel avenir ! Le Parc, c'est le dernier rassemblement de fachos à Paris. La police a un intérêt objectif à les garder pour les identifier, à les taper un peu, tout en les ménageant", a-t-il poursuivi.

"Pour améliorer la situation, il faut couper une branche du PSG, notamment le département supporteurs" accusé d'avoir eu "une vraie connivence avec la frange dure de Boulogne", a-t-il encore déclaré, ciblant MM. d'Halivillée et Skropeta, respectivement responsable de la sécurité et directeur de la communication. "Si cela arrive, pourquoi pas jouer le jeu et donner nos adresses. Pour l'instant, si on les donne, Boulogne les a dans la seconde", assurent les Supras. "On est loin d'être exempts de tout reproche mais il faut mieux nous aider que nous enfoncer. Comment peut-on tenir le groupe quand on ne peut aller au stade sans risque ?"s'interrogent-ils tout en reconnaissent une tendance à la "provocation" chez certains dans leur rang.


PSG: les supporteurs du virage Auteuil contre-attaquent pour sauver leur peauLib_

Par SYLVAIN MOUILLARD

Elles n'avaient pas pris la parole publiquement depuis la mort de Yann Lorence, supporteur du PSG, roué de coups en marge du match contre l'OM le 28 février dernier. Plusieurs associations du virage Auteuil - les Authentiks, les Supras et la Grinta - ont organisé une conférence de presse ce jeudi. Pour donner leur version sur les événements du 28 février et tenter de se défendre contre la procédure de dissolution entamée par le ministère de l'Intérieur.

A la tribune, les porte-parole des Authentiks et des Supras, accompagnés de leurs deux avocats. Dans l'amphithéâtre Bourgogne, dans le IXe arrondissement parisien, plusieurs membres des associations concernées. S'ils ont gardé le silence pendant près de deux mois, c'est avant tout pour des questions de sécurité. «On reçoit régulièrement des menaces de mort sur Facebook, dans nos boîtes aux lettres», explique Christophe Uldry, porte-parole des Supras. «Les gars de Boulogne ont envie de vengeance», témoigne un autre. «Pour l'instant, c'est parce qu'ils n'en ont pas eu l'occasion. Mais si dix mecs de Boulogne tombent sur un d'Auteuil, ils vont le tabasser.»

L'opposition historique entre les deux tribunes - Boulogne la «blanche» et Auteuil plus mélangée - est connue. Tout comme la montée récente des tensions entre les virages, sur fond d'actes de racisme et de provocations mutuelles. Cette escalade de la violence ne concerne qu'une minorité des deux tribunes. Mais ces dernières semaines, l'étau judiciaire et l'attention médiatique se sont particulièrement concentrés sur Auteuil.

Dans le magazine So Foot d'avril, le président du PSG Robin Leproux a ainsi tenu des propos (1) qui passent très mal dans le virage. «Auteuil, c'est l'antithèse du communautarisme. On ne s'était jamais posé la question ainsi, mais chez nous, il y a 60 à 70% de Blancs. Mais il y a aussi des Noirs, des Arabes, des juifs», explique un membre des Supras. C'est dans ce contexte que s'est tenue la conférence de presse de jeudi, quelques jours après la révélation des faits reprochés aux associations.

Sur le 28 février et la mort de Yann Lorence

Une vidéo, présentée comme inédite, a été dévoilée. L'objectif: montrer qu'une frange de Boulogne - environ 200 indépendants - est à l'origine des événements du 28 février. Le document confirme un certain nombre de récits déjà rapportés dans la presse: quelques centaines de membres de la tribune Boulogne se rendent, alors que ce n'est pas leur itinéraire, devant le virage Auteuil. Ils prennent à partie et agressent ceux qui ne sont pas encore entrés dans le stade. «Aucun CRS n'a bougé», relate Christophe Uldry, des Supras. 2250 policiers étaient déployés autour du Parc ce soir-là.

A la fin de la vidéo, on voit la contre-charge initiée par des membres d'Auteuil. «Quand on vous agresse, on se défend», explique un supporteur. «Certains sont ressortis du stade pour défendre leurs potes», dit un autre. Des témoignages qui confirment le recours à la violence et la radicalisation croissants d'une partie d'Auteuil.

Yann Lorence, membre de la Casual Firm, une structure informelle de Boulogne, se retrouve isolé en queue de groupe. Il est passé à tabac. Après plus de deux semaines de coma, il décède de ses blessures.

Sur l'attitude du club et des pouvoirs publics

Hooman, des Authentiks, s'étonne d'une certaine clémence des forces de l'ordre: «Ce climat détestable, on le connaît depuis des années. Mais pourquoi les gars de Boulogne peuvent-ils charger à visage découvert? Ils n'ont même pas peur des caméras!» Christophe Uldry met lui directement en cause la direction du club: «Jean-Philippe d'Hallivillée, le responsable de la sécurité au PSG, a une vraie connivence avec Boulogne.»

Pour les associations, le club a tout intérêt à voir leur dissolution prononcée: «Nous agissons comme des syndicats de supporteurs. Nous nous battons pour préserver l'identité du PSG, nous obtenons des baisses de tarifs...» affirme Uldry.

Sur la procédure de dissolution entamée par Brice Hortefeux

Après la contre-attaque des membres des deux associations, leurs avocats ont entrepris de démonter «le dossier totalement vide» du ministre de l'Intérieur. «Le régime de dissolution d'associations de supporteurs, créé en 2006, permet d'ajouter à la responsabilité individuelle la responsabilité collective, rappelle Frédéric Rolin, défenseur des Supras.Mais cela suppose certaines conditions: la relation temporelle et causale avec une manifestation sportive, des actes commis en réunion, constitutifs de dégradation de biens ou de violence sur les personnes, et de manière répétée.»

Or, selon lui, «la succession d'actes» mis en avant par le ministère (révélés le 17 avril par Le Parisien) ne tient pas la route. «Je prends le plus extravagant: on reproche aux Supras d'avoir secoué les grilles du stade lors de PSG-Vesoul», dénonce-t-il. Maître François Gilbert, avocat des Authentiks, abonde: «On reproche une agression à mes clients lors de Bordeaux-PSG (16e journée), alors même qu'ils n'étaient pas présents au stade.»

Libération.fr a pu consulter les observations transmises par les deux avocats à la Commission nationale consultative de prévention des violences lors des manifestations sportives. Celle-ci doit prononcer un avis sur une éventuelle dissolution le 27 avril prochain. Dans ces documents, les deux associations démentent point par point les reproches formulés par le ministère.

Surtout, concernant la mort de Yann Lorence, elles rejettent toute responsabilité directe. «La justice n'a toujours trouvé aucun coupable, selon ce qu'on en a lu dans la presse. Il y a des mises en examen, mais personne n'a avoué avoir porté les coups mortels. Et concernant les Supras, un seul de ses membres a été placé dans le statut de témoin assisté, ce qui atteste qu'il existe une incertitude majeure sur les charges qui pèsent contre lui», affirme Frédéric Rolin.

Pourtant, explique François Gilbert, «le gouvernement ne peut plus faire marche arrière après avoir multiplié les annonces. Je pense qu'un décret de dissolution sera prononcé en fin de semaine prochaine». Mais il promet d'attaquer une telle décision devant le Conseil d'Etat. «Au contentieux, les choses seront très difficiles à établir pour le gouvernement. Sinon, un compromis est possible: une suspension d'un an, et non une dissolution.»

Sur l'avenir des associations d'Auteuil

L'évolution est significative dans l'univers des ultras, où tout se règle «à l'amiable». Les Supras et les Authentiks ont annoncé leur volonté de«porter plainte contre tous les actes de racisme commis autour du Parc». «On a pris contact avec SOS Racisme, une trentaine de plaintes est en cours de constitution», explique Christophe Uldry.

Par ailleurs, les trois associations se rendront bien au Stade de France le 1er mai prochain, pour la finale de la Coupe de France contre Monaco.«On n'y va pas dans une logique de confrontation, mais on sait que ça risque d'être chaud avec Boulogne», explique un Supra.

Enfin, à plus long terme, les porte-parole des deux organisations estiment que la dissolution est contre-productive. «On a notre part de problèmes à régler, notamment avec certains sous-groupes, et une tendance à la provocation. Mais il ne faut pas nous enfoncer. Les associations ont des vertus régulatrices, ce sont des relais. On l'a vu chez Boulogne: la dissolution des Boys [en 2008, après l'affaire de la banderole anti-chtis, ndlr] a été néfaste à la tribune, où on assiste aujourd'hui à un renouveau des identitaires.»

(1) «Il faut que le virage Auteuil accepte des gens tout à fait blancs dans leur tribune. Faut oser le dire: il faut une mixité dans les deux tribunes.»
 
(2) Le prénom a été modifié.