logoFévrier 2010, nouvelle étape dans le long processus d'opposition violente entre supporters du PSG. Voici quelques liens intéressants, parmi bien d'autres...
D'abord, le refus exprimé par les associations de supporters marseillais de se déplacer à Paris : ici.
Le récit de la soirée et des affrontements : ici.
Puis, l'analyse formulée par Dominique Bodin, sociologue, et les réactions du porte-parole du gouvernement et de Rama Yade, secrétaire d'Etat aux sports, ici.

Mercredi 3 mars, j'ai participé au 12-14 de France Info sur le thème : "Comment contrer les hooligans ?". Il est possible d'écouter l'émission depuis le blog de Bernard Thomasson, journaliste et animateur de l'antenne du lundi au vendredi sur cette tranche horaire.
Le même jour sur France Inter Nicolas Hourcade était l'invité du journal de 13h. Il est possible de télécharger l'émission : journal_13_h_France_Inter_3_mars_2010

Je rappelle également que la même radio (France Inter) avait consacré un long reportage (réalisé par Nour-Eddine Zidane) sur le monde des Ultras et des Hools. Celui-ci avait été diffusé en 2008 dans le magazine Interception. J'en avais fait état dans un billet publié sur ce blog.

Enfin, pour remettre en perspective les violences de ce week-end, deux articles seront fort utiles. L'un est écrit par David Revault D'Allonnes paru dans le quotidien Libération le 21 novembre 2005. L'autre est écrit par Philippe Broussard, journaliste à L'Express et auteur d'un ouvrage "culte" Génération supporters paru aux éditions Robert Laffont en 1990.


Guerre en tribuneslibe
Provocations, castagne, vandalisme... Autour du PSG, s'affrontent les «petits Blancs» du Kop de Boulogne et les Tigris, supporters des cités. Deux mondes opposés qui rivalisent sous l'oeil d'un club qui a joué avec le feu.

REVAULT D'ALLONNES David

Coca, sandwich ou billet de cinq euros ? Sur l'origine du contentieux, les versions diffèrent. Seule certitude : il a éclaté le 24 septembre, devant la buvette du stade du Mans. «Une embrouille sans queue ni tête entre deux types bourrés», tous les deux supporters du PSG, selon un témoin. Un des «Boulogne Boys» (de la tribune dite «Boulogne») contre un membre des «Tigris Mystics», un des groupes du «virage Auteuil», la tribune opposée. Le différend se réglera à 2 heures du matin, après le retour en bus, à coups de lance-fusée, de bouteilles et de barres de fer, devant le siège du club parisien. Selon la police, ceux d'Auteuil ont tiré les premiers. Bilan : un supporter de Boulogne sérieusement blessé, un des Tigris interpellé et condamné, et le point de départ d'un affrontement hebdomadaire, brutal et ritualisé entre fans du même club.
Provocations et mobilisation, batailles rangées et gardes à vue : de foot, il n'est guère question dans cette affaire. Plutôt de «choc des cultures entre fafs et cailleras», estime un supporter d'Auteuil, de «querelles de tribune pour le leadership au stade». Et, à l'arrivée, d'une ahurissante guerre de stade et de rue, menée sous l'oeil d'un PSG plus que jamais impuissant face à la violence de ses fans. Et d'un ministre de l'Intérieur passablement agacé de n'avoir encore pu promener son Kärcher dans les tribunes du stade. Un supporter d'Auteuil résume : «Le Parc, c'est une poudrière. Ça peut péter de partout...»
Fief historique et nouvelle génération
Au Parc des Princes, chaque groupe a sa réputation et ses figures, son histoire et sa place. A droite : le Kop de Boulogne, fief historique des supporters parisiens. En haut de la tribune, les associations officielles avec, au premier rang, les Boulogne Boys. A l'étage d'en dessous, la section «R2», celle des fachos pur jus, pratiquants assidus du salut nazi et du cri de singe. A divers endroits de la tribune, les«indépendants» et hooligans rompus à la guérilla des stades. Des tribus distinctes, mais une tribune «nationaliste». «Boulogne est une tribune solidaire et unitaire, explique un supporter. Il y a une culture de famille.» Noirs et Arabes n'y sont pas les bienvenus, orientés vers d'autres tribunes par les stewards du club eux-mêmes. Mesure de sécurité. «Boulogne a une solide réputation, qui attire certaines personnes plus que d'autres, euphémise un membre du Kop. Quand on vient des cités, on va à Auteuil...»
De l'autre côté de la pelouse, et aux antipodes : le virage Auteuil, ses vapeurs de shit et ses groupes ultras plus «cosmopolites et racailleux», dit un habitué. Les policiers l'avaient remarqué : «Depuis plusieurs années, une nouvelle génération est arrivée. Avec une autre mentalité, exubérante. Le comportement "cité" au stade.» En première ligne : les Tigris Mystics, 500 encartés, considérés comme un «bon groupe» par ses voisins d'Auteuil. Mais un peu trop «hégémonique» et remuant. «Chez les Tigris, il y a des mecs extrêmement violents, aussi cons que ceux d'en face, estime un proche du club. A Boulogne, il y avait des "sales Noirs", des "sales Arabes". Maintenant, on entend aussi des "sales Français".»
Boulogne contre Auteuil, ou l'irrésistible face-à-face entre supporters de la même équipe, mais pas du même monde ? «A l'origine, les supporters du PSG, c'était une population blanche, avec des éléments d'extrême droite qui considéraient que Boulogne était un territoire "libéré", décrypte le sociologue Patrick Mignon. Et les ultras d'Auteuil ont progressivement voulu montrer, de manière volontariste, qu'une population multiculturelle pouvait aussi être attachée au PSG.» Comme souvent entre supporters, tout a commencé par des mots, inscrits sur une banderole des Tigris pour leur dixième anniversaire, en 2003 : «L'avenir est à nous.» Impardonnable affront pour la tribune Boulogne, forte de ses vingt ans de métier. Il débouchera sur plusieurs incidents sérieux. La guerre des tribunes est annoncée. Elle n'aura pas lieu pendant la saison 2004-2005, où un nouveau directeur de la sécurité du PSG met tout le monde d'accord. A ses dépens. Ancien commissaire divisionnaire de Bordeaux, Jean-Pierre Larrue a tenté de remettre de l'ordre au Parc. Trop vite, trop fort. «Union sacrée» de tous les groupes de supporters, banderoles incendiaires, grève des tribunes, et même une procédure judiciaire contre le club... «Nous sommes devenus un véritable lobby, en mesure de gêner le PSG», juge un ultra. Et de faire limoger, en mai dernier, le très détesté patron de la sécurité d'un club empêtré dans une politique à double tranchant. Les différentes directions du PSG ont toujours plus ou moins toléré la présence de groupes extrémistes et violents à Boulogne, allant parfois jusqu'à employer certains de leurs membres. Pour faire contrepoids, elles ont encouragé l'émergence des associations ultras à Auteuil... «La tentation a toujours été forte, au PSG, d'instrumentaliser les supporters afin d'avoir prise sur eux, résume un observateur. Le club considérait que l'essentiel était d'éviter un grave accident ou un affrontement d'envergure.»
Le début de cette saison s'annonçait paisible. Cet été, en signe d'apaisement, le PSG avait même laissé les supporters peindre leurs fresques dans les coursives du Parc. Mais, sous la couche de peinture, l'Ile-de-France bouillonne toujours. «Le stade anticipe et grossit des phénomènes sociaux existants, rappelle Patrick Mignon. L'existence d'un phénomène "petits Blancs" à Boulogne préfigurait le repli sur soi, la crainte des gens différents et le vote FN.» La rage de certains ultras d'Auteuil annonçait-elle la révolte des cités ? Toujours est-il qu'un mois avant le déclenchement des violences urbaines, l'«embrouille» du Mans fournit à la tribune Boulogne l'occasion idéale pour se dresser contre la «racaille».
Chants natios et ratonnades
«Tout le monde était très énervé, sur les dents», confirme un responsable des Boulogne Boys. Les forums Internet fourmillent de projets d'expéditions punitives. «Les indépendants se sont dit : "Boulogne est agressé, on va reprendre les affaires en main", observe-t-on au ministère de l'Intérieur. Des anciens, qui s'étaient calmés, sont revenus.» Le 1er octobre, jour du match contre Nantes, dès 11 heures, «150 indépendants chargés, bourrés, organisés, attendent dans les rues autour du stade pour faire la chasse aux Tigris», rapporte un témoin. Ces derniers ne viendront pas, refoulés par mesure de sécurité. Autour du Parc, l'ordre règne : bras levés, chants natios, jeunes Noirs et Arabes ratonnés. Pas moins de 85 hooligans sont interpellés, pour la plupart relâchés quelques instants plus tard. A l'intérieur, la tribune Boulogne porte le coup de grâce, symbolique celui-là : «Tigris Mystic, manipulés par les anarchistes de la CNT, protégés par le PSG». Une simple banderole, mais une terrible accusation jetée aux yeux de tous les groupes ultras du Parc, dont la légitimité repose avant tout sur la réputation d'indépendance. Le politique ne s'éloigne jamais du stade. Nicolas Sarkozy, lui, y est déjà. Il rencontre en personne les responsables des Tigris et des Boulogne Boys, pendant le match PSG-Nancy, pour calmer le jeu. Mais la compétition entre ultras tourne à l'opération commando. Trois heures après la réunion, à minuit, une vingtaine de «hools» lance l'assaut contre le local des Tigris, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). L'un d'eux, membre de la «Casual Firm», un influent groupe de hooligans de Boulogne, sera interpellé peu après
dans les parages, en possession de cocaïne. D'autres membres de la «Firm» ont été reconnus par les Tigris, mais présentent un alibi. L'un d'eux, ancien salarié du club, a été aperçu après le match au café des Trois Obus, proche du Parc, par des anciens joueurs et Jean-Michel Moutier, responsable du secteur pro du PSG...
Le ministre de l'Intérieur, qui prépare une batterie de mesures anti-hooligans, a prévenu : il va «débarrasser nos stades des voyous». Trois jours avant le match à Auxerre, il réunit les responsables du club, les associations d'Auteuil, le préfet de police Pierre Mutz, le directeur général de la police nationale Michel Gaudin et le patron des RG parisiens. Le président du PSG a alerté, par lettre, le préfet de l'Yonne sur la présence de «factions dangereuses» et la nécessité de refouler «tout supporter ou sympathisant faisant le déplacement de manière indépendante». Mais les hostilités ont leur dynamique que les dispositifs sécuritaires ignorent. «Auteuil séduit de nouveaux supporters contents de s'opposer à la vision rétrécie de Boulogne, analyse Patrick Mignon. Et les supporters de Boulogne se radicalisent au fil de la confrontation avec ceux d'en face.»
Lancers de cuvettes
Un témoin confirme : le 30 octobre, «cinq heures avant le match, 100 hooligans fichés, hors catégorie, sont là. Des fous. Et l'AJ Auxerre, qui veut faire du chiffre, leur a vendu des places à 6 euros. Juste pour remplir les tribunes.» En plein match, les «hools» traversent sans encombre le stade champêtre de l'Abbé-Deschamps pour bombarder la tribune visiteurs, où siègent les Tigris : sièges, boulons, et même des cuvettes et carreaux en faïence arrachés dans les toilettes du stade, retrouvées atomisées. Sous l'oeil de Canal + et de TF1. «Quand il n'y avait plus de Tigris, ils ont cherché les Beurs dans le stade. Après, ils ont chargé les CRS avec des barrières en métal. On n'a pas eu de mort, mais on n'en est pas loin.» Une aimable soirée de football, qui se conclut sur le score de zéro interpellation. Le lendemain, après une sévère «explication de texte» du ministre, selon un de ses proches, la police de l'Yonne montera à la capitale pour y arrêter deux hooligans parisiens. Nicolas Sarkozy n'a pu rencontrer comme prévu les supporters du PSG, lors du dernier match au Parc des Princes. Ce soir-là, le premier flic de France visitait ses troupes à Bobigny (Seine-Saint-Denis) et à Grigny (Essonne), après plusieurs nuits violentes en banlieue. Le match contre Monaco a été calme. Tout juste un tract des Tigris évoquant leur «combat pour la liberté d'accès au stade». Réplique d'un représentant des Boulogne Boys : «Leur quête de purification du Parc des Princes, c'est du vent. C'est pour justifier leur arrogance.» Les braises s'entretiennent d'elles-mêmes, dans une imparable dialectique. Une source au ministère de l'Intérieur résume : «Peut-on mettre côte à côte sans heurts des gens qui ne se supportent pas et qui, sans le foot, n'auraient aucune chance de se croiser ?» Et de poursuivre, sans illusion : «Avec les fêtes et le dispositif Sarkozy, ça va se tasser un moment. Mais ça repartira.»

Guerre en tribunes http://www.liberation.fr/grand-angle/0109548988-guerre-en-tribunes


 

La tribune de tous les dangerslogo_l_express

Par Philippe Broussard, publié le 30/11/2006

             

Un mort, un blessé grave... C'était écrit, cela devait arriver. Il restait juste à savoir qui, quand, comment. Le lieu, lui, ne faisait guère de doute: la porte de Saint-Cloud, dans le Paris des beaux quartiers (XVIe). Le périphérique est à deux pas, le Parc des Princes à moins de 300 mètres. Il y a là de larges avenues et une place facile d'accès, avec un McDonald's désormais célèbre. Voilà plus de vingt-cinq ans que certains supporters du PSG se retrouvent dans les parages, avant et après les matchs. En groupes plus ou moins importants, ils s'adonnent au même jeu de guerre. Relever les capuches, les écharpes. Prendre garde aux caméras, aux «flics» en civil. Charger les CRS. Traquer les fans adverses. Parfois, aussi, des Noirs ou des Arabes. Oui, c'était cela, certains soirs, la porte de Saint-Cloud: une violence ritualisée, banalisée, si habituelle que tout le monde - supporters pacifiques (très largement majoritaires), policiers, médias - avait fini par «faire avec».

Et puis il y a eu ce 23 novembre 2006... Un jeune juif et un gardien de la paix d'origine antillaise poursuivis par une horde. Un coup de feu qui claque, tiré par le policier, et deux victimes: Mounir Douchaer (blessé au poumon), et Julien Quemener (mort d'une balle dans le coeur). «Légitime défense», a estimé le parquet de Paris. «Bavure» et «assassinat», ont répliqué les amis de Mounir et Julien.

Comment a-t-on pu en arriver là? Comment le PSG a-t-il pu perdre le contrôle d'une partie de son public? Comment la police et la justice ont-elles pu tarder à prendre la mesure du phénomène? Comment une minorité - 250 «durs» actuellement sur près de 40 000 spectateurs - a-t-elle pu briser l'image du club?

Cette histoire est d'abord celle d'une tribune: le virage Boulogne (12 000 places), où se rassemblent les fans parisiens les plus virulents. Il commence à accueillir des jeunes supporters dès la fin des années 1970. Ces derniers le baptisent alors «Kop», en référence à la tribune du même nom, à Liverpool (Angleterre). A l'époque, la violence n'est pas de mise, ou alors de manière sporadique, et limitée à une poignée de casseurs.

«Nos priorités: le foot et la bagarre»

Au début des années 1980, alors que le kop prend de l'ampleur, quelques skinheads néonazis s'y invitent. Prenant pour modèles les hooligans anglais, ils veulent les imiter en France. Si une grande partie du public réprouve cette évolution, quelques membres du kop savourent la réputation grandissante de leur «territoire». «Plus nous sommes craints, plus nous existons», se disent-ils en substance. Le sociologue Alain Ehrenberg appellera cela «la rage de paraître».

Pour certains, minoritaires, la bagarre devient donc la norme et La Marseillaise se chante bras tendu. Les murs du Parc se couvrent bientôt de graffitis «Gestapo», «SS» ou «Sales juifs». «Nous avons créé un monstre», s'inquiète l'un des fondateurs du kop. La preuve: on se bat - déjà - porte de Saint-Cloud... Début 1984, le match France-Angleterre donne lieu à des heurts dans tout le quartier. Ce sera l'acte fondateur du hooliganisme français.

Le Paris-Saint-Germain cherche à comprendre, à réagir. Mais il est seul face à un problème de société qui le dépasse. Quant aux dirigeants de la Fédération (FFF), ils se voilent la face et se croient à l'abri du phénomène, réservé, pensent-ils, aux Anglais. Or la France n'est pas épargnée. En 1985, peu après le drame du Heysel (39 morts à Bruxelles avant le match Juventus-Liverpool), des actes de vandalisme signés «PSG hooligans» sont commis dans divers stades de province, puis les médias reçoivent des lettres évoquant un kop «100% nationaliste».

La tribune Boulogne serait-elle manipulée par l'extrême droite ? Rien ne le prouve. Le Front national, en tout cas, s'en défend et juge ces «voyous» nuisibles à son image. Des formations de second plan, tels que le Klan ou le Mouvement nationaliste révolutionnaire (MNR, bientôt rebaptisé Troisième Voie) comptent des fans parisiens dans leurs rangs, mais la stratégie d'infiltration n'est pas davantage avérée. Surtout, la majorité du virage rejette cet extrémisme.

C'est à cette époque, en 1985-1986, que le kop entre dans une nouvelle ère avec la création de groupes structurés, apolitiques, organisés selon le modèle des «ultras» italiens. Leur objectif? Encourager les joueurs, assurer le spectacle dans les tribunes (le «tifo»). Ces groupes ont pour noms Fire Birds, Gavroches ou encore Boulogne Boys. Aux yeux des crânes rasés, qui les méprisent, ils sont bien trop «sages».

Au tournant des années 1990, les skinheads des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), groupuscule créé par Serge Ayoub, alias «Batskin», tentent à leur tour d'investir les travées. Ils peinent à recruter des militants, mais la haine gagne du terrain: il arrive que les joueurs adverses gardant trop le ballon soient insultés aux cris de «juifs, juifs, juifs». Les pouvoirs publics s'inquiètent enfin: n'est-il pas trop tard? La loi est inadaptée, la police mal préparée, la FFF dépassée.

D'autres hooligans, plus discrets donc plus dangereux, remplacent bientôt les skinheads: les casuals. Bien habillés (vêtements de marque, cheveux courts), plutôt sobres, ils sont issus de tous les milieux et perçoivent le hooliganisme comme un «mode de vie». Leur but? Aller «au contact» de la police ou des hooligans adverses. En 1993, on en compte entre 150 et 200 à Paris. Avec, en arrière-plan, des dizaines de jeunes «suiveurs» fascinés, eux aussi, par la «culture» casual (livres, vêtements, langage, fanzines...). Lors d'un match contre Caen, en 1993, une dizaine de CRS sont blessés dans les gradins de Boulogne. Chez certains suspects, les policiers saisissent des publications extrémistes. «Nos priorités restent tout de même le foot et la bagarre», confie alors un leader casual.

Crânes rasés radicaux côtoient lycéens et cadres moyens

De fait, rien ne permet de conclure, cette fois encore, à une manipulation politique. Les cadres du kop eux-mêmes y semblent d'ailleurs hostiles. En septembre 1993, une dizaine de militants du Parti nationaliste français et européen (PNFE), tentent ainsi de distribuer des tracts en faveur d'une «France blanche» dans la tribune, mais les «anciens» (Commandos pirates Paris, CPP) s'y opposent.

 

Reste que la violence est devenue l'habitude, le bras tendu une tentation, ne serait-ce que par provocation. Tout cela fait partie du paysage, du «folklore» et plus personne ne s'indigne vraiment de ce que les spectateurs noirs et maghrébins ne puissent pas, à cette époque, accéder à la tribune. Le club, lui, navigue à vue. Ses responsables et ceux de Canal + (propriétaire du club de 1991 à 2006), optent pour le dialogue, quitte à négocier avec des individus fichés aux Renseignements généraux (RG) ou à employer, parmi les stadiers, des gros bras au passé trouble.

Le PSG cherche surtout à maintenir le contact avec les associations officielles, que ce soit celles de la tribune Auteuil (Supras, Lutèce Falco, Tigris...), ou de Boulogne. Parmi elles, les Boys. Contrairement à ce que l'on peut croire, ceux-ci ne font pas partie de la branche la plus radicale du kop. Ils aiment le football et, comme tous les ultras, conçoivent leur groupe comme une «famille». Surtout, ils se tiennent plutôt à l'écart du noyau dur, les «Indépendants», ainsi surnommés parce qu'ils refusent d'appartenir à quelque groupe que ce soit. Ces «Indeps» sont pour la plupart connus des RG et leur nombre ne cesse de croître au fil des années. Fin 1995, ils se déplacent à 380 à Martigues, puis à 500 à Lens.

Parallèlement, les RG affinent leur connaissance du milieu. Ils savent tout de ses codes vestimentaires, de ses lieux de rencontre, réels (bars, boutiques...) ou virtuels (sites Internet...). A y regarder de plus près, les crânes rasés sont peu nombreux: la tribune est surtout peuplée de lycéens, d'étudiants, d'employés ou de cadres moyens. Tous ne sont pas violents, mais ils aiment «Boulogne». Son ambiance. Ses «valeurs»: amitié, solidarité... L'idéologie, si elle vient au second plan (derrière le football), n'est jamais loin: bien des Indeps s'affichent «patriotes» ou «nationalistes». Au printemps de 2002, une poignée d'entre eux défilent dans Paris pour soutenir Jean-Marie Le Pen. Le 14 Juillet de la même année, quand l'auteur du coup de feu contre Jacques Chirac est arrêté, les policiers comprennent vite qu'ils ont affaire à un ex-habitué du kop: Maxime Brunerie. Connu pour ses sympathies néonazies, il ne devient pas pour autant un modèle aux yeux des supporters.

Il y a les vrais racistes et ceux qui les suivent, passifs

La police veille désormais aux moindres mouvements de cette microsociété qu'est le kop. Les RG ont des photos, des adresses, des noms. Les condamnations devant les tribunaux se multiplient, mais sans dissuader d'autres jeunes, à Paris comme ailleurs, de basculer à leur tour. «Le hooliganisme est une drogue», confient souvent ses adeptes. Le kop le prouve: la multiplication des interdictions de stade (IDS) dans les rangs des Indépendants n'y change rien, la relève est assurée.

 

Boulogne reste Boulogne. Une tribune divisée en plusieurs mouvances (dont 700 Boys), qui prend soin de se distinguer de l'autre virage du Parc, Auteuil, où se tiennent des groupes moins radicaux et plus cosmopolites. En 2004 et 2005, un conflit d'une rare violence oppose d'ailleurs certains supporters des deux camps. Boulogne va l'emporter, obtenant même la dissolution de ses rivaux attitrés: les Tigris, composés pour partie de jeunes issus de l'immigration.

Arrivent le 23 novembre et le match contre Tel-Aviv. L'affront de la défaite, puis la sortie du stade. Les «vrais» racistes sont présents, porte de Saint-Cloud, comme d'habitude. Mais d'autres jeunes sont là, eux aussi. Juste pour suivre. Juste pour «voir». Des gars de Boulogne, des gars d'Auteuil, toutes tendances confondues. Moins de 300 personnes au total. Ici ou là, des juifs sont agressés, roués de coups. Les anciens ont beau crier «Pas les gamins, pas les gamins!», quelques dizaines de radicaux continuent leur traque. Ils aperçoivent bientôt un jeune fan de Tel-Aviv, et un homme noir qui cherche à le protéger. Pourchassés, ceux-ci doivent s'enfuir vers le McDonald's... Alors, un coup de feu claque. Un supporter s'écroule, atteint au poumon: Mounir Douchaer, un Indep d'origine marocaine surnommé «Francis». Un autre Parisien, touché au coeur, mourra peu après l'arrivée des pompiers, quinze minutes plus tard. Julien Quemener, carte 225 des Boys...

Voir : http://www.lexpress.fr/informations/la-tribune-de-tous-les-dangers_677807.html