file_330737_206391L'actualité du mois de septembre fut chargée pour ce qui est de la question du supportérisme et des violences qui accompagnent ces formes de mobilisation autour des rencontres de football : mort tragique d'un supporter du Toulouse FC lors d'un déplacement à Belgrade pour une rencontre de coupe d'Europe, mais aussi envahissement de tribunes ou débordements à Nice, Grenoble (dont le stade fut il y a peu présenté comme un modèle de sécurité... ). Sitôt le spectre du hooliganisme ressurgit un peu partout...  A dire vrai, le match de football apparaît aujourd'hui comme possible (sinon probable)  "fête du désordre" - une fête gâchée par des groupes de supporters au sein desquels le dérèglement serait tel qu'ils constitueraient une menace pour l'ordre social. Sans nier la gravité de certains faits mais afin de refroidir l'objet et rappeler que le tableau est plus nuancé et complexe, notons que cette lecture relève d'une construction sociale : on comprend, en effet, la gêne, sinon la colère, des divers acteurs, aux intérêts économiques convergents, présents sur la "scène footballistique' (clubs, ligue, télévisions) pour lesquels il est préférable que ce sport reste une fête tout court (si possible avec des spectateurs enthousiastes et dociles). Afin qu'il le demeure, autant exclure les "indésirables du spectacle" ! Sauf que les choses sont plus compliquées.

On trouvera dans les liens suivants quelques articles et informations parus récemment dans la presse :
- une interview de Rama Yade pour La Dépêche ;
- un article paru dans le Nouvel Obs sur la création annoncée par Brice Hortefeux d'une division spéciale de la police consacrée à la lutte contre le hooliganisme : on rappellera pourtant l'existence d'une telle structure avec le Point national information football et le travail de Michel Lepoix, M. Hooliganisme au ministère de l'Intérieur.
- un ensemble d'interviewes-reportages réalisés par France Info.

Nous sommes quelques sociologues (citons, entre autres, J.-C. Basson, N. Hourcade, A. Tsoukala, W. Nuytens, L. Sallé) à avoir l'impression de répéter toujours la même chose depuis quelques années. A savoir qu'une politique de contrôle du supportérisme violent doit :
- développer nécessairement une vision globale et cohérente du problème, sur le long terme : sauf que, bien souvent, aux périodes de désintérêt succèdent des moments d'intense agitation pendant lesquels de nouvelles mesures, censées résoudre le problème (cette fois c'est sûr messieurs dames), sont adoptées. Les dernières dispositions se superposent aux anciennes, mais certaines ne sont jamais appliquées. Signalons en outre le coût économique de tels procédés...
- être plurielle, dans ses objectifs et sa méthodologie. La gestion policière du phénomène est focalisée sur le strict maintien de l'ordre public. Application sévère de la loi, recours à des mesures proactives (interdictions de stade préventives et collecte de renseignements), interdictions de banderoles et de tracts forment quelques-uns des axes de l'approche "éducative", de type paternaliste et autoritaire, ayant pour objectif de faire intérioriser le respect des règles. C'est très loin d'être suffisant (quid de l'efficacité d'une telle politique ?).
- se donner une ambition réaliste. Il est illusoire de croire que l'on pourra éradiquer la violence en "désagrégeant" ceux qui en sont à l'origine : les groupes de supporters violents. D'une part, cet objectif ne pourra être atteint qu'à un prix fort élevé. D'autre part et plus fondamentalement, cette ambition ignore que la violence peut changer, prendre de nouvelles formes et de nouvelles cibles (on connaît aujourd'hui la situation de déplacement des violences hors des stades, par exemple).
- être finement ciblée : la répression ne doit pas être aveugle. En frappant les groupes de supporters (ultras notamment) aveuglement, les plus radicaux et fermés au dialogue comme les plus progressistes, la répression comporte le risque de la "victimisation" et donc de la radicalisation de certaines franges du supportérisme.
- faire le pari du travail avec les associations organisées de supporters, tout simplement parce qu'il faut éviter leur affaiblissement car existent en leur sein des formes de contrôle social.

Il y aurait bien d'autres choses à souligner... comme par exemple le fait que ces politiques doivent être pensées à l'échelon transnational, européen en particulier. Toutes ces idées sont présentes dans le rapport soumis à l'INHES l'an passé : voir les articles consacrés à ce rapport et au hooliganisme plus largement. Nous  étions quelques-uns (J.-C. Basson, N. Hourcade, L. Sallé et moi-même) à avoir produit un article pour la rubrique "Rebonds" de Libération au moment de "l'affaire de la banderole" reprenant certaines de ces idées. Il est toujours possible de le lire en suivant ce lien :
Canaliser l'expression des supporters

Un papier fort intéressant de Nicolas Hourcade (sociologue, enseignant à l'école centrale de Lyon) pour le site Internet de So Foot est reproduit ci-dessous. Nos positions sont plus que proches.


SoFootlogoFumigène : un objet politique

 

 

24 septembre 2009

Le feu dans les tribunes d’abord. Le feu dans les médias ensuite. Décryptage en sept points des incidents du week-end dernier et de leur traitement politique et médiatique.

 

Par Nicolas Hourcade (sociologue)

1 : Des fumigènes aux violences 

Le fumigène est devenu l’ennemi numéro 1 des stades de football. C’est dangereux, ça peut blesser, surtout quand on le lance d’une tribune à l’autre ou sur le terrain s’énervent ses détracteurs. C’est festif, ça permet d’extérioriser sa passion protestent ses utilisateurs. En tout cas, le fumigène est ambigu. Tantôt montré par les médias pour témoigner de la ferveur des supporters. Tantôt dénoncé par les mêmes pour sa dangerosité. Pour appréhender ce lumineux objet de désir et de délit, encore faudrait-il distinguer ses usages. Bien sûr, toute utilisation dans les enceintes sportives est interdite par la loi. Mais force est de constater qu’elle est plus tolérée dans certains lieux que dans d’autres (par exemple, ça ne pose aucun problème lors d’une compétition de ski en nocturne, d’une arrivée de transat ou d’un match de rugby) ; qu’allumer un fumigène pour illuminer sa tribune n’est pas exactement la même chose que le lancer sur l’arbitre de touche ; et qu’utiliser un fumigène ne conduit pas nécessairement à agresser un supporter adverse à coups de batte de base-ball. 
Comme beaucoup d’autres, Pierre Ménès n’a pas manqué, dans le Canal Football Club, de faire le rapprochement entre l’agression subie par un supporter toulousain à Belgrade et les jets de fumigènes à Grenoble. Pourquoi un tel raccourci ? Parce que depuis l’émotion suscitée par le drame du Heysel en 1985, tout incident lié au football est rattaché à une seule catégorie, celle du “hooliganisme”, ce qui tend à mettre des faits fort divers sur le même plan ou, au moins, à instaurer un continuum entre eux. 

Les incidents du week-end dernier sont perçus comme très graves parce que tout le monde a en tête des drames liés au football et que beaucoup de gens établissent un lien entre ces drames et les récents débordements. S’il est nécessaire de dénoncer les jets de fumigènes ou de bombes agricoles et de lutter contre ces comportements, il faut se garder de les traiter de la même manière qu’une attaque menée avec armes et préméditation contre des fans adverses et de sombrer ainsi dans la psychose.

 

2 : Des stades à feu et à sang ? 

 

A écouter certains commentateurs, les stades de football français seraient aujourd’hui des zones de non-droit livrées à des hordes sauvages. Il serait impossible d’aller au stade en famille. Pourtant, tous les week-ends, de nombreux amateurs de football le font. Un sondage IPSOS, mené en 2008 à la demande de la LFP, a bien mis en évidence ce décalage entre les représentations et la réalité : ceux qui aiment le football mais ne mettent jamais les pieds au stade s’inquiètent de la sécurité et la considèrent comme un problème, alors que ceux qui vont au stade font également très attention à la sécurité mais jugent qu’elle est tout à fait satisfaisante (1). 
Les médias ont insisté ces derniers mois sur l’essor, au demeurant tout relatif, des “fights ”, ces bagarres arrangées entre hooligans. Si ces “fights” se développent, c’est parce qu’elles sont devenues le seul moyen pour les plus virulents de pouvoir en découdre, puisque les stades et leurs abords sont désormais bien sécurisés, grâce à la vidéo-surveillance et à l’amélioration des dispositifs policiers. Désormais, les bagarres s’éloignent de plus en plus des stades, ne concernent quasiment que ceux qui aiment se battre et n’impliquent donc plus guère de victimes collatérales. Le seul problème qui demeure dans les stades, c’est celui des fumigènes : c’est aussi pour cela qu’on en parle autant. 

Certes, des progrès peuvent et doivent encore être faits dans la sécurité autour des matches de football. Certes, l’omniprésence policière et le climat hostile lors d’un PSG-OM ou d’un OL-ASSE peuvent légitimement conduire certains amateurs de football à regarder tranquillement le match à la télé. Mais le tableau réel est loin d’être aussi noir que celui généralement dépeint.

 

3 : Football populaire ou football business ? 

 

Les ultras n’ont de cesse de critiquer le “football business” qui dénaturerait ce sport et le couperait de sa base “populaire”. Ils luttent ainsi pour la préservation de l’ambiance festive des stades, pour le maintien de places debout dans certaines parties du stade, pour une modération des tarifs afin de permettre à tous les publics d’aller au stade, contre la répression qui, sous prétexte de lutte contre la violence, serait excessive et criminaliserait injustement certaines de leurs pratiques ou encore contre la Coupe de la Ligue, symbole honni du poids excessif de l’argent dans le football. Ces revendications pourraient rencontrer un grand écho auprès des amateurs de football et des médias, d’autant que les ultras sont les seuls à les porter de manière ouverte et collective. 
Sauf que si le football populaire, ça consiste aussi à se foutre sur la gueule devant le stade au point de provoquer une blessure grave à un œil (Montpellier-PSG), à balancer des pétards sur l’arbitre de touche (Nice-Montpellier), à envoyer des fumigènes sur le terrain (Grenoble-Rennes) ou à jeter des pierres contre les bus des supporters adverses (OM-Bordeaux), on va vite préférer les toasts au saumon, les coupes de champagne et les hôtesses en tailleur des loges du football business, en regrettant toutefois de ne pas y être plus souvent convié. Ce qu’on est nombreux à souhaiter, en fait, c’est une combinaison de la ferveur du Parc des Princes, sans ses excès, et de la sérénité du Stade de France, sans sa froideur. C’est possible ? La défense du “football populaire” mobilisera sans doute largement au-delà des ultras si ceux-ci parviennent à limiter leurs débordements.

4 : Les ambivalences des ultras 

 

Après chaque incident, les mêmes rengaines reviennent. Il y aurait d’un côté les “bons” supporters, qui soutiennent inconditionnellement leur équipe. Et de l’autre les “mauvais” supporters, qui foutent le bordel et qu’il faudrait chasser des stades. C’est vrai que certains sont parfaitement bons et encouragent leur équipe dans un bel esprit de fair-play. C’est vrai que d’autres ne soutiennent pas du tout leurs couleurs et se comportent froidement en spectateurs alors que le monde du foot attend des supporters. C’est vrai aussi qu’une fraction du public est complètement mauvaise parce qu’elle ne pense qu’à troubler l’ordre public. 
Toutefois, de nombreux supporters sont bons et mauvais selon les critères footballistiques en cours. C’est particulièrement le cas des ultras qui peuvent être considérés, sous certains aspects, comme les meilleurs supporters puisqu’ils s’investissent énormément dans le soutien à leur club et, sous d’autres, comme les pires supporters puisque, sans rechercher systématiquement la violence, ils acceptent d’y avoir recours et causent parfois des incidents. 
Les ultras veulent être reconnus tout en demeurant rebelles. Ils veulent être écoutés par les institutions sans être “récupérés par le système”. L’ambivalence du mouvement ultra est aussi ce qui fait son charme… Évidemment, tous les ultras ne se comportent pas de la même manière face à ces tensions inhérentes à leurs pratiques. Certains souhaitent être considérés comme respectables voire être institutionnalisés : ceux-là sont très critiques envers les récents incidents qui, selon eux, discréditent leur mouvement et ses nobles causes. D’autres tiennent avant tout à la radicalité du monde ultra et à son aspect underground : ils reprochent aux précédents de prôner un supportérisme aseptisé. Ces positions divergentes suscitent de vifs débats au sein des groupes, entre groupes et sur les forums ultras.

5 : Les ambivalences des dirigeants du football 

 

Le problème, c’est que les ultras qui défendent le dialogue avec les autorités et la responsabilisation du mouvement n’ont pas beaucoup d’éléments tangibles pour témoigner de l’intérêt de leur position. En 2004, des discussions s’étaient engagées sous l’égide de la LFP entre supporters et dirigeants. Bertrand Paquette, alors à la LFP, avait même remis un rapport argumenté afin de résoudre certaines difficultés pratiques (le prix des places en déplacement, la liste des matériels d’animation autorisés dans les stades, l’amélioration de l’accueil dans les tribunes réservées aux visiteurs, etc.). Mais tous les clubs n’étant pas partisans d’un tel dialogue, le rapport a été allégrement enterré au grand dam des ultras qui avaient joué le jeu. Les discussions récentes entre l’embryon de coordination nationale des ultras et les autorités n’ont pour l’instant guère donné plus de résultats. Tout cela fournit du grain à moudre aux supporters les plus radicaux. 
A l’ambivalence des ultras vis-à-vis des autorités du football répond en effet celle des autorités vis-à-vis des ultras. Les dirigeants des clubs et de la LFP apprécient l’ambiance festive mise par les ultras, les tifos, les déplacements massifs, les chants d’encouragement. « Aujourd’hui, à 85 %, ce sont les groupes ultras qui font vivre les stades » admettait en 2003 (dans Libération) Gérard Rousselot, alors président de la commission de sécurité et d’animation des stades. Cette ambiance prouve que le football français suscite l’enthousiasme des foules, que ça vaut le coup d’aller au stade pour en profiter et que ce spectacle mérite d’être acheté cher par les télévisions ou les sponsors. Mais les incidents créés par les ultras envoient un message inverse et sont donc vertement critiqués par les dirigeants. Ainsi, la LFP navigue à vue dans ses relations avec les ultras tantôt en soulignant qu’ils ne sont pas des hooligans et qu’ils contribuent de manière décisive à l’ambiance, tantôt en les dénonçant comme des groupes violents qui prennent en otage le public français. On ne peut que souhaiter une clarification de ces relations ambiguës entre les responsables ultras et les dirigeants des clubs et de la Ligue, ce qui suppose des efforts des deux parties.

6 : L’espoir Rama Yade 

 

Bernard Laporte connaît très bien le sport, mais n’a guère d’expérience politique. Rama Yade, c’est l’inverse. Et si ce qui est d’abord apparu comme une erreur de casting était en fait une bonne pioche ? Alors que Bernard Laporte a multiplié les déclarations tapageuses en tant que secrétaire d’Etat, Rama Yade s’est elle très bien sortie de ses interventions publiques suite aux incidents, comme sur l’antenne de France Inter dimanche dernier. Elle a vigoureusement dénoncé ces incidents sans sombrer dans la surenchère. Au lieu de prôner un durcissement de la loi pour donner une image d’intransigeance, elle a rappelé que les dispositifs existaient pour lutter contre les débordements des supporters et qu’il fallait avant tout les appliquer. Au lieu d’annoncer une mesure miracle sortie de nulle part, elle a souhaité une concertation large des acteurs concernés. On lui aurait bien mis 20/20 si elle avait pensé à intégrer dans cette concertation les associations de supporters, ce qu’avait suggéré en 2007 un rapport bien informé du Sénat. 
Car contrairement à ce que Pierre Ménès a déclaré au Canal Football Club, la concertation entre dirigeants et supporters peut permettre de désamorcer certaines tensions comme Jean-Louis Triaud, également présent sur le plateau, a tenté de le souligner. Les relations entre supporters et dirigeants peuvent être effectivement malsaines quand elles sont fondées sur des accords occultes ou sur des rapports de force : Pierre Ménès a raison de dénoncer cela. Mais quand le dialogue se déroule ouvertement dans un cadre bien établi où les supporters connaissent leurs droits mais aussi leurs devoirs et les limites qu’ils ne doivent pas franchir, il peut être très constructif. 
Cet effort de prévention doit s’accompagner d’une répression juste. Il n’est pas anodin que les médias bruissent de critiques envers une action publique soi-disant insuffisante pendant que les ultras dénoncent une répression abusive. C’est peut-être parce que la répression actuelle n’est pas toujours bien ciblée (d’où des résultats jugés insuffisants par les uns) et que certaines de ses méthodes sont contestables (d’où les critiques des autres). Au risque de se répéter, on rappellera que les interdictions administratives de stade qui font tant parler sont décidées par les préfets sans jugement préalable et que « les actes à prendre en compte [pour prononcer une telle interdiction] ne constituent pas nécessairement des faits pénalement répréhensibles » mais « un comportement d’ensemble menaçant pour l’ordre public » (selon une circulaire du ministère de l’Intérieur). C’est pour limiter d’éventuels abus que ces interdictions administratives sont de courte durée. En revanche, les interdictions judiciaires de stade peuvent aller jusqu’à 5 ans. Aujourd’hui, l’urgence ne paraît donc pas d’allonger la durée des interdictions administratives (comme prévu par la nouvelle loi sur la sécurité intérieure) ou de multiplier ces mesures mais de prononcer des sanctions judiciaires proportionnelles à la gravité des actes commis. 
Il ne faut pas désespérer de la mise en place d’une politique cohérente alliant répression juste et prévention bien conçue : la concertation accrue entre les autorités sportives et politiques va dans le bon sens. Mais si on place quelques espoirs en Rama Yade, on fait bizarrement un peu moins confiance à Brice Hortefeux qui n’a pour l’instant mis l’accent que sur les mesures répressives (2)...

7 : Y a pas de fumigènes en Angleterre ! 

 

Pour les ultras, les fumigènes aident à mettre l’ambiance. Pour leurs détracteurs, pas besoin de fumigènes pour ça. « Une ambiance de feu sans le feu : c’est possible » clamait Alain Sars sur ce site. Pour illustrer ce raisonnement, l’exemple de l’Angleterre est souvent mobilisé. En Angleterre, il y aurait une superbe ambiance, plus du tout de violences et pas un seul fumigène. Il suffirait donc de suivre le fameux modèle anglais. 
Ce n’est pas qu’on veuille absolument être rabat-joie, mais ce diagnostic mérite d’être nuancé. Hormis quelques grands matches, l’ambiance n’est pas toujours extraordinaire en Angleterre comme en témoignent les critiques récurrentes envers les publics de l’Emirates Stadium ou d’Old Trafford. Si les stades de l’élite sont bien sécurisés, les violences se sont déplacées dans les plus basses divisions et elles se sont éloignées des stades. Comme on a pu le constater en août, un West Ham – Millwall peut encore donner lieu à de grands moments de rock’n’roll. Enfin, s’il n’y a pas de fumigènes en Angleterre, c’est qu’il n’y en a jamais eu… Si l’exemple anglais prouve qu’on peut mettre de l’ambiance sans fumigène, il ne dit rien de la manière de les interdire quand des supporters veulent à tout prix en faire entrer dans le stade. 
Comment, alors, tenter de régler ce problème en France ? Il n’y a pas 36 solutions. Soit on décide d’appliquer le plus fermement possible la législation en vigueur et d’interdire tout fumigène. Mais il faut être conscient, d’une part, des difficultés énormes pour atteindre ces objectifs quand de nombreux supporters tiennent à ces artifices et, d’autre part, des coûts importants d’une telle lutte pour les clubs, les forces de police privées comme publiques et la justice. Il n’est pas illégitime de penser que la police et la justice ont d’autres priorités. Il n’est pas illégitime non plus de penser que les clubs auront quelques réticences à accepter des retraits de points ou des matches à huis clos, ce qui pourrait entraîner des procédures extrêmement longues. Entre les déclarations d’intention et les réalisations pratiques, il y a souvent un gouffre… 
Soit, deuxième option, on tente de sécuriser l’usage des fumigènes en autorisant des allumages contrôlés, ce qui permet de limiter fortement les risques d’accident et d’éviter des tensions entre supporters et stadiers ou policiers. Mais cette solution n’est pas sans risques puisqu’elle suppose la fiabilité des groupes de supporters et une définition claire des responsabilités en cas de problème. 
Il n’y a donc pas, contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire, de solution miracle permettant de résoudre le problème du jour au lendemain. En ce qui nous concerne, nous avons longtemps milité pour la deuxième approche. Mais si les ultras continuent à envoyer leurs fumigènes sur les terrains, on va finir par opter pour la première…

Nicolas Hourcade est sociologue. Ses recherches portent sur les supporters de football.

(1) Selon ce sondage IPSOS, dont les résultats ont été dévoilés en novembre 2008 par la LFP lors de sa conférence sur les stades, parmi les individus très intéressés par le football mais n’allant pas au stade, les principaux motifs dissuasifs sont d’abord le prix des places, ensuite la diffusion des matches à la télé, puis, en troisième position, la violence (pour 43 % d’entre eux). Ceux qui se rendent au stade estiment eux aussi que la sécurité est fondamentale (elle est considérée comme essentielle par ¾ des sondés et importante mais pas essentielle par plus de 20 % d’entre eux – ce qui la situe de loin comme le principal critère d’appréciation) mais ils évaluent positivement l’état de cette sécurité : elle est notée à 7,7/10 (seule l’ambiance a une note supérieure de 8,1/10) alors que, par exemple, le confort des sièges n’est évalué qu’à 5,8/10 et le rapport qualité/prix de la nourriture servie au stade hérite d’un 5,5/10 exagérément généreux.

(2) Suite à la rencontre ce mercredi entre son directeur de cabinet et Frédéric Thiriez, Brice Hortefeux a entonné, dans L’Equipe (24/9), le classique couplet répressif en annonçant un renforcement de la législation (ce qui consiste en fait à rappeler les dispositifs existants ou prévus…), en demandant aux préfets d’intensifier les interdictions administratives de stade, et en prévoyant la création d’un service spécialisé pour lutter contre les hooligans (alors que le Point National d’Information Football s’en charge déjà au sein du Ministère de l’Intérieur). Quant aux clubs, ils devront systématiquement porter plainte contre leurs supporters. Toujours dansL’Equipe, le responsable de la sécurité de l’OGC Nice, André Bloch, a fait part de son accord de principe tout en pointant les problèmes pratiques. Il a aussi plaidé « pour que l’on ne se coupe pas complètement des groupes de supporters et que l’on entretienne la concertation et le dialogue ».